Auteure : Hélène Tardif, Professeure en Techniques d’éducation à l’enfance, Campus Notre-Dame-de-Foy
L’ordre collégial vit actuellement des difficultés de diplomation, principalement dans le secteur technique. Ainsi, selon le Conseil supérieur de l’éducation (1995), seulement un peu plus du quart de la population étudiante des programmes techniques obtient son diplôme. Il apparaît que les échecs ou les abandons sont beaucoup plus importants dans les cours de formation générale, principalement dans les cours de français et de philosophie (Beauchesne, 1997 ; ACPQ, 1997).
Afin de mieux comprendre l’impact des échecs des cours de français et de philosophie sur la diplomation dans les programmes techniques, il y a lieu d’aborder la question sous l’angle des représentations des élèves. Dans un premier temps, une mise en lumière de leur conception de ces cours en termes de place et d’importance dans leur formation s’impose. De plus, leurs commentaires, tels « le français et la philo, c’est plate », maintes fois entendus, méritent qu’on s’y attarde. Enfin, il est pertinent d’analyser leur manque de persévérance dans ces cours et le fait qu’ils abandonnent souvent ces derniers pour aller sur le marché du travail sans avoir obtenu leur diplôme, faute d’avoir complété leur formation générale.
Aylwin (1997) et l’ACPQ (1997) émettent l’hypothèse que la situation d’échec en formation générale peut en partie découler du fait que la représentation parfois négative de la professeure ou du professeur au sujet de la capacité des élèves à réaliser des apprentissages dans ces disciplines peut avoir une influence sur le sens que ces derniers donnent aux apprentissages visés. Plusieurs chercheurs, dont Perrenoud (1994-1996), Giordan et de Vecchi (1987), avancent l’hypothèse que la valeur accordée à une connaissance provient du sens qu’on lui donne. Si les élèves trouvent du sens aux matières qu’ils apprennent, ils pourront plus facilement en organiser le contenu et réutiliser ensuite celui-ci. Si toutefois le sens des apprentissages leur échappe, ils peinent à le faire et mémorisent la matière sans la comprendre. Ils refont les mêmes erreurs dans leurs travaux, où ils se préoccupent peu du contenu qui leur est proposé. Ainsi ne faut-il pas s’étonner si, comme l’affirme De Closets (1996, p. 27), « les étudiants ne retiennent même pas les notions de base. Ils régurgitent tout ce qu’ils ont ingurgité lorsqu’ils s’orientent dans une autre direction. »
Le sens ne provient-il pas d’un investissement affectif personnel dans une situation ? Develay (1996) propose, pour améliorer ou bonifier le rapport au savoir de l’élève, que la professeure ou le professeur comprenne le comportement d’un élève par rapport à l’école, prenne en compte ses représentations et revoit avec ce dernier le sens des disciplines scolaires.
Dans le cadre d’une recherche PAREA1, je me suis intéressée à la question des échecs dans les cours de français et de philosophie des élèves des programmes techniques en étudiant la situation plus particulière d’un programme, soit le programme de Techniques d’éducation à l’enfance (TÉE) 2 où les étudiantes3 présentent un des plus bas taux de diplomation du secteur technique (CSÉ, 1996).
Même si les étudiantes de l’ensemble des cohortes restent en général inscrites jusqu’à la fin de la troisième année, elles figurent parmi la population scolaire dont la moyenne au secondaire est la plus faible et elles ont tendance, durant leurs études collégiales, à échouer ou à abandonner leurs cours de formation générale (CNDF, 1998 ; CSÉ, 1997).
Pourtant, le diplôme d’études collégiales, ou l’équivalent, se veut, en termes d’exigence de formation, la condition d’accès à l’emploi dans le domaine des services de garde. Il nous est alors paru important d’identifier les représentations des étudiantes de ce programme en ce qui a trait aux cours de français et de philosophie dans leur formation. [...]
1 Le rapport complet de cette recherche est disponible au Centre de documentation collégiale [http://www.cdc.qc.ca].
2 Au printemps 2000, l’appellation Techniques d’éducation en services de garde (TÉSG) est devenue Techniques d’éducation à l’enfance (TÉE).
3 L’ensemble des étudiantes étant des filles, nous utilisons le féminin.