L’interface humaine dans les services documentaires, une présence fragile à réinventer

Numéro: 

2

Volume: 

15
Demers, Jean-Louis

La dernière décennie, et plus particulièrement les cinq dernières années, a été caractérisée par les innombrables changments technologiques qui ont eu un impact immense sur la qualité des services que nos bibliothèques collégiales dispensent aux élèves. Mais qu’entend-on par le terme « qualité » ? Certes, les nouveaux outils informatiques dont nous, personnel des bibliothèques, disposons ont contribué à améliorer la pertinence des réponses que nous fournissons aux élèves ou de celles que ceux-ci trouvent eux-mêmes. Toutefois, les innovations auxquelles nous devons constamment nous adapter n’ont-elles pas monopolisé nos facultés d’adaptation et d’appropriation, et ce, au détriment de notre présence effective auprès des élèves? Ne sommes-nous pas devenus plus préoccupés par la maîtrise des outils que par notre relation avec les usagers? À chaque année, de nouveaux outils apparaissent sur le marché, sans oublier les nouvelles versions pour les outils déjà en place. De tels changements nous incitent à réapprendre constamment notre métier. Aujourd’hui, le rythme des changements nous interdit toute espèce de pause technologique pourtant si nécessaire à notre formation, et nos établissements ont à peine les ressources nécessaires pour participer à cette course. Cette effervescence est certes stimulante mais elle n’est pas sans nous faire oublier l’essentiel. Si nous avons adhéré à des services qui permettent la consultation de nos catalogues en ligne, à distance, nous avons aussi adhéré à des fournisseurs de service qui détiennent le monopole de l’information et qui en fixent le prix et les conditions sans trop discuter. Internet s’est affirmé comme l’outil de référence incontournable mais il n’est toujours pas en mesure de fournir des moteurs de recherche précis et fiables. Nous avons tous dû sauter à pieds joints dans ce monde technophile sans vraiment nous méfier de la perte de contrôle qui en découle sur le fonctionnement de nos outils de recherche. Nous passons énormément de temps à apprendre et à expliquer des fonctionnements et des consignes d’opération (« clique ici, clique là »), plutôt qu’à montrer comment chercher. Serions-nous devenus des guides touristiques des produits Microsoft, des professionnels du mode d’emploi? Bref, le temps passé à nous actualiser est perdu au détriment de notre relation avec les élèves et de l’accompagnement dans la recherche d’information. Est-il besoin de préciser que ce temps ne doit pas non plus être consacré à la nostalgie? Au contraire, il est urgent de se réapproprier cette présence rassurante pour le chercheur, ce rôle d’accompagnateur et de guide qui a fait des spécialistes en documentation ce qu’ils sont, c’est-à-dire des personnes indispensables et sur qui l’on peut compter.

L’AQPC reconnait, en 2014-2015, la contribution financière de Patrimoine canadien au développement technologique de la revue, par l’entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, volet Innovation commerciale pour les périodiques imprimés.

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