Une approche pédagogique alternative au collégial : la pédagogie Freinet

Portrait de Chris Hudon

Résumé: 

On observe depuis plusieurs années qu’un certain nombre de courants pédagogiques interpellent le milieu collégial. C’est ainsi que, tour à tour, le Mastery Learning, l’enseignement stratégique et, plus récemment, l’approche coopérative ont attiré l’attention. À cela s’ajoutent nos préoccupations sur l’enseignement des attitudes, le soutien à la réussite scolaire et l’approche interculturelle. Cette quête à laquelle nous assistons est symptomatique d’une insatisfaction quant à nos pratiques pédagogiques. Ce qui est fascinant, c’est que ces courants pédagogiques ont en commun de faire une place plus grande à l’élève. Or, au-delà de la curiosité et de quelques activités de formation, il y a eu bien peu de retombées dans les pratiques pédagogiques. L’explication réside en partie dans la difficulté de remettre en question des façons de faire bien enracinées. La révision des programmes, compte tenu des exigences qu’elle impose, fournit une occasion de procéder à ces changements. Il est aussi intéressant de remarquer que ce sont là des courants nord-américains qui ont leur pendant en Europe. Ce texte veut présenter la pédagogie Freinet qui, au même titre que les autres courants nommés ci-haut , est susceptible de nous amener à procéder à certains changements dans nos salles de classe.

Devenir responsable dans une société démocratique avancée

Portrait de Chris Hudon

Résumé: 

Devenir responsable! Quel beau projet qui peut si rapidement n’être qu’un slogan dans une société traversée par de rapides changements et par la quête effrénée de trouver une réponse technique aux problèmes humains. Quel beau projet éthique qui risque d’être récupéré si aisément dans une culture de contrôle et de surveillance, où la responsabilité se transforme en reddition de comptes pour se métamorphoser ensuite en recherche d’imputabilité, visant en fin de parcours à identifier une personne coupable d’avoir enfreint une des multiples réglementations qui tissent notre quotidien. Quel est alors ce projet de « devenir responsable » et pourquoi devient-il si important de le mettre en place dans nos sociétés démocratiques avancées? Si la responsabilité n’est pas de l’ordre juridique, du manquement fautif à l’obligation juridique et contractuelle, elle relève de quelle instance?

Pour une meilleure réussite scolaire des garçons et des filles

Portrait de Chris Hudon

Résumé: 

Avis au ministre de l’Éducation
Sainte-Foy, Conseil supérieur de l’éducation
octobre 1999, 116 p.
http://www.cse.gouv.qc.ca
Le Conseil supérieur de l’éducation a fait paraître, en octobre dernier, un avis au ministre de l’Éducation, qui porte sur l’écart de réussite scolaire entre les garçons et les filles.
L’avis est divisé en quatre chapitres. Les auteurs présentent d’abord un état de la situation, réfléchissent ensuite sur les facteurs explicatifs du phénomène étudié, proposent des orientations pour soutenir les garçons et les filles dans leur cheminement scolaire, et terminent leur démarche en formulant plusieurs recommandations.
Le problème soulevé est important et a un impact certain sur l’accessibilité aux études collégiales : « il y eut 97 903 filles (55 %) et 78 807 garçons (45 %) qui ont été admis, à l’automne 1997, dans les établissements d’enseignement collégial du Québec. C’est donc dire, si l’on prend la réussite scolaire des filles comme élément de comparaison, qu’il manquait “ environ 20 000 garçons dans les cégeps du Québec ”. » (p. 62) [Voir : Service régional d’admission du Montréal métropolitain, Rapport annuel 1997-1998, p. 4]
La présence moins grande des garçons dans les collèges résulte d’un ensemble de facteurs actifs dès le début du parcours scolaire : il convient alors de saisir adéquatement le vécu scolaire différencié, des garçons et des filles, au cours de leur cheminement dans les ordres primaire et secondaire.
De manière à mettre en contexte les cinq orientations pour lesquelles des recommandations ont été formulées, nous avons retenu deux extraits de l’avis. Dans le premier extrait, tiré du premier chapitre (pages 31 et 32), les auteurs précisent le problème à l’étude en synthétisant les observations concernant les trois indicateurs choisis pour la mesure de la réussite scolaire des garçons et des filles : la diplomation, les résultats scolaires et le retard scolaire. Dans le second extrait, tiré du deuxième chapitre (pages 75 à 77), les auteurs proposent une synthèse des facteurs explicatifs, quant à l’écart observé entre la réussite scolaire des garçons et celle des filles, à partir des trois facteurs qui ont été privilégiés : l’école, les rôles sociaux de sexe et la socialisation.
Au chapitre 4, le Conseil expose ses recommandations qu’il regroupe sous cinq orientations :
1. Reconnaître les effets des rôles sociaux de sexe et de la socialisation.
2. Tenir compte des difficultés éprouvées en langue d’enseignement.
3. Tenir compte des rythmes de développement des élèves.
4. Tenir compte des styles cognitifs.
5. Tenir compte du besoin des adolescents et des adolescentes de donner un sens à leur situation scolaire.

Scénario pour une jeune metteure en scène

Portrait de Chris Hudon

Résumé: 

Cet article se veut la synthèse d’une nouvelle expérience; celle d’une jeune professeure de cégep qui, pour la première fois en deux années d’enseignement, décida de quitter le métier d’actrice pour celui de metteure en scène… Le texte qui suit a été écrit en mai dernier dans le cadre d’une activité PERFORMA portant sur la motivation scolaire. Cette activité fort stimulante, animée par M. Gérald Sigouin, m’a permis d’élaborer le cours dont il est question dans l’article. Je dois aussi souligner l’apport considérable de l’extraordinaire ouvrage de référence de Denise Barbeau, Angelo Montini et Claude Roy, Tracer les chemins de la connaissance. La motivation scolaire, qui m’a fourni les bases théoriques utilisées dans ce texte. D’ailleurs, le titre même de l’article m’a été directement inspiré par l’ouvrage, dans lequel on propose aux enseignants « un virage de 180 degrés. Il ne s’agit pas de faire taire l’artiste qui est dans l’âme de tout professeur mais de le mettre au service de la pédagogie d’une façon nouvelle. Au lieu de concevoir et de donner le spectacle comme s’il s’agissait d’un one man show, il s’agit de concevoir le rôle de l’enseignant comme celui du metteur en scène qui doit faire évoluer sur scène une troupe de comédiens amateurs qui auront, eux, à donner la représentation. »

Un drôle de métier

Portrait de Chris Hudon

Résumé: 

Je ne suis sans doute pas le seul enseignant à professer jour et nuit. J’entends par là, à continuer d’enseigner même en dormant. Pas à dormir en enseignant, comme il peut m’arriver certains jours, mais à enseigner en dormant, comme il peut m’arriver certaines nuits. Autrement dit, il m’arrive de rêver que j’enseigne, comme si je n’en avais pas déjà assez de mes jours. Ou plutôt parce que j’en ai assez. Je ne suis sans doute pas le seul donc. Certains rêvent qu’ils sont tout nus devant la classe. D’autres, qu’ils ont oublié ce qu’ils avaient minutieusement préparé. D’autres encore, qu’ils ont oublié de se lever et qu’ils arrivent en retard. Tous ces rêves ne font pas grands mystères et sont assez faciles à interpréter. Ils ne trompent pas beaucoup. Moi, je rêve que je fais face à une classe en révolte. C’est un rêve récurrent. Le même depuis plus de vingt-cinq ans. Sa fréquence n’est pas régulière. Il n’est même pas très fréquent. Mais quand je rêve, c’est ce rêve que je fais. Cette nuit, après que Julie m’eût demandé dans la journée si enseigner était une vocation, c’est ce rêve que j’ai fait.
J’entre dans une classe où il n’y a que quelques étudiants. L’un d’entre eux doit faire un exposé. Des étudiants continuent d’entrer les uns après les autres, sans se presser. Comme le temps s’écoule plus rapidement qu’eux, je finis par me fâcher. « Je vous préviens que si dans cinq minutes il n’y a pas quinze étudiants dans la classe, le cours est annulé… » Les étudiants se mettent alors à crier « Youppi ! Youppi! ». « … et reporté à la prochaine journée de travail personnel. » Là, on ne rit plus. Une étudiante, du fond de la classe, crie à celui qui doit faire l’exposé : « Awaye, commence qu’on en finisse ». Je bondis, furieux : « Mais, taisez-vous ! Laissez-le parler. » Une autre étudiante s’écrie, le visage rouge de colère : « Comment, taisez-vous? C’est au professeur de se taire. Nous, on n’a pas besoin de lui! ». Pénible! Habituellement, quand je suis rendu à penser pénible, je me réveille.
Le pire, c’est que je ne suis pas loin de penser comme eux. À quoi ça sert un professeur? Suis-je si sûr qu’ils ont besoin de moi? Ce n’est pas pour rien que ce rêve récurrent me poursuit. Il traduit mes angoisses profondes. Professionnelles et existentielles. Quand, avec un peu de recul, j’analyse mon rêve, j’y vois une remise en question : de la classe comme lieu de pouvoir, de l’enseignement comme transmission de savoirs, de l’apprentissage comme mémorisation. C’est toute ma conception de la profession qui est bousculée, comme elle a effectivement été bousculée avec les années. À tel point que je me sens parfois autorisé à dire qu’on m’a engagé sous de fausses représentations. On m’a offert une job qui n’existe plus, ou qui, peut-être, n’a jamais même existé autrement qu’en rêve (pas dans le mien, mon cauchemar, mais dans d’autres rêves, ceux qui ont quelque chose à voir avec l’utopie). C’est l’histoire de ces transformations que je voudrais esquisser ici pour mieux cerner les effets qu’elles ne peuvent pas manquer d’avoir sur nos représentations sociales et personnelles de la profession, et finalement, sur notre estime de nous-mêmes comme enseignants. Une drôle d’introduction pour une drôle de question : enseigner a-t-il quelque chose à voir avec la vocation?
DES CHANGEMENTS DANS NOS REPRÉSENTATIONS PERSONNELLES
Il ne faut pas remonter à beaucoup d’années pour retrouver les figures de la vocation. Au Québec, avant la Révolution tranquille, les religieux, les religieuses avaient cette vocation. Nous avons hérité, dans la santé et dans l’éducation, de représentations liées à leur statut particulier. Dans la France républicaine, le curé du village, l’instituteur et le médecin de campagne formaient un trio indissociable. Le curé soignait les âmes, le médecin soignait les corps, l’instituteur était plus particulièrement porteur des idéaux démocratiques : la libre-pensée, le savoir, le progrès. Tous trois avaient la vocation. Tous trois étaient à leur façon des militants chargés d’une mission spécifique.
Le curé est aujourd’hui une espèce en voie de disparition. Le médecin s’est professionnalisé (il n’y a pas si longtemps, il sortait des facultés de philosophie), en même temps que le savoir médical devenait une science. Quant à l’instituteur, je pense qu’il est à la fois en voie de disparition et à la fois en profonde mutation. Certains appellent cette mutation professionnalisation. La question est très à la mode. Ces changements sont très actuels. Et nous y sommes plongés, qu’on le veuille ou non. Et avec ça, nos représentations de ce que nous sommes, de ce que nous voudrions être, de ce que nous ne serons plus jamais.

L'idéologie antédiluvienne du nouveau programme des Sciences de la nature et l'éducation à la citoyenneté

Portrait de Chris Hudon

Résumé: 

Pierre Foglia (1999), journaliste à La Presse, a écrit un magnifique article à propos de L’Erreur Boréale, le documentaire produit et animé par Richard Desjardins. L’image la plus forte du film, dit-il, est celle où l’on voit un avion s’élever au-dessus des arbres d’où l’on peut constater qu’il n’y a plus de forêt derrière la lisière d’épinettes mais plutôt « un désert griffé par les ongles d’acier des abatteuses » (p. A-5). Cette mince lisière d’épinettes laissées debout le long des lacs, des rivières et des chemins, constitue un véritable trompe-l’œil. En produisant ainsi l’illusion d’une forêt, les grandes papetières appuyées par les technocrates à l’emploi des gouvernements québécois successifs perpétuent, à l’abri des regards indiscrets et à l’insu de la population, la vieille pratique dévastatrice des coupes à blanc. Bien plus, ajoute Foglia, le film de Desjardins est une œuvre universelle car l’idéologie technocratique qu’il met en scène traverse toutes les sphères de la société et, en particulier, la culture, la santé et l’éducation. En ce sens, je tenterai de montrer que le nouveau programme des « Sciences de la nature » revêt la forme d’un trompe-l’œil idéologique. En effet, derrière les apparences d’un discours qui incorpore un vocabulaire à la mode, se profile une représentation des sciences antédiluvienne, de facture scientiste, qui ignore les travaux effectués en philosophie, en histoire, en anthropologie, en sociologie et en didactique des sciences au cours des trente dernières années. Parallèlement, je ferai également état de quelques conséquences possibles de cette situation au regard de la formation à la citoyenneté des étudiantes et des étudiants du collégial. Enfin, je tenterai d’esquisser quelques ouvertures sur d’autres possibles en matière d’éducation aux sciences. Mais il importe d’abord de préciser quelques-uns des concepts utilisés pour effectuer l’analyse du programme.

La routine du travail d'équipe

Portrait de Chris Hudon

Résumé: 

En début de session, lorsque je présente le plan d’études aux élèves, je présente aussi les travaux qu’ils auront à réaliser tout au long de la session et j’annonce qu’ils travailleront souvent en équipe. Les travaux d’équipe sont devenus chose courante pour eux; ils ne s’emballent pas outre mesure et ne montrent pas non plus de signes de désapprobation. Quelques-uns se regardent et sourient parce qu’ils savent qu’ils retravailleront pour la xième fois ensemble. Un jour, une élève est venue me voir à la fin du cours et m’a demandé de lui permettre de travailler seule. Elle refusait de travailler à la place des autres comme cela lui était arrivé plusieurs fois; elle n’acceptait pas de devoir courir après certains élèves qui ne remettaient jamais le travail à temps; elle rejetait l’idée de faire un travail en équipe sur un contenu sans savoir sur quels critères elle pouvait se baser pour faire un choix entre les éléments de son travail et ceux de son ou de ses partenaires; elle se révoltait enfin contre le fait de recevoir une note qui ne lui plairait probablement pas parce que certains n’avaient pas donné leur pleine mesure, ou contre le fait de partager une bonne note avec un ou des profiteurs. J’avoue qu’elle m’a agréablement étonné; j’aurais aimé qu’elle fasse tous ces commentaires devant le groupe, qu’elle me lance même un ultimatum si je ne respectais pas son choix. J’aurais aimé qu’elle fasse ces commentaires devant le groupe parce que la plupart des élèves qui ont travaillé en équipe ont vécu ces mêmes frustrations à différents niveaux. Enfin, j’aurais aimé qu’elle exprime haut et fort sa révolte, ce qui m’aurait alors donné l’occasion de présenter au groupe ce que le travail d’équipe représente pour moi. Le travail d’équipe est pour moi une activité pédagogique importante dans le développement personnel, affectif et professionnel de l’élève. En plus de faciliter l’apprentissage du contenu, il vise trois objectifs : fournir à l’élève une occasion particulière de voir comment il travaille afin d’améliorer sa façon d’apprendre, partager avec d’autres ses différentes stratégies d’apprentissage et découvrir de nouvelles stratégies au contact d’une ou de plusieurs personnes. Pour atteindre ces objectifs, le travail d’équipe que je propose aux élèves comporte quatre caractéristiques : ils travaillent à deux sur un même objet d’apprentissage, qu’ils ne peuvent diviser pour alléger le fardeau de la tâche; et avec les mêmes outils de travail, chaque élève produit un travail individuel; les travaux individuels sont mis en commun et analysés en équipe à partir de critères précis afin de permettre le choix de la meilleure réponse ou solution à un problème; enfin le travail d’équipe est toujours préparatoire à une évaluation individuelle, même si dans certains cas, comme l’exposé oral, l’équipe présente un produit unique. De plus, j’agis à titre de médiateur pour que ces caractéristiques soient respectées en tout temps.

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