Quelques enjeux relatifs à l'enseignement des compétences

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Auteur : Raymond Robert Tremblay, Coordonnateur de programmes d’études et de la recherche, Cégep du Vieux Montréal

Depuis plusieurs années, les programmes d’études collégiales sont conçus selon l’approche par compétences, et ce, afin de favoriser l’approche programme, d’assurer la cohésion des activités pédagogiques et de définir des cibles de formation centrées sur le développement des compétences des élèves. Abordée sous un angle technique, une compétence est une façon de rédiger l’objectif d’un ou de plusieurs cours en tenant compte de ce que l’élève saura accomplir s’il réussit ces cours. Considérée sous un angle pédagogique, il nous apparaît qu’une compétence est la capacité d’accomplir des tâches ou de résoudre des problèmes en suivant une démarche structurée, mobilisant des connaissances et des savoir-faire appropriés.

Dans les approches pédagogiques traditionnelles, l’apprentissage est surtout centré sur les contenus qui sont vus comme prioritaires pour la formation de l’élève, les habiletés se développant sans qu’on investisse systématiquement dans leur développement. Ainsi, on a reproché à l’approche par compétences de négliger les contenus au profit des habiletés techniques. À notre avis, l’approche par compétences ne réduit pas les apprentissages au seul développement d’habiletés puisqu’elle suppose la mobilisation des connaissances dans le contexte de la résolution de problèmes. Elle ne méconnaît pas non plus la dimension sociale de l’apprentissage. En fait, elle représente un enjeu pédagogique considérable, car l’enseignement en vue de développer des compétences est centré sur la mobilisation des capacités des élèves. Compte tenu que les aspects de cet enjeu sont nombreux et complexes, je me concentrerai donc, dans cet article, sur quelques éléments importants reliés à la planification des cours, à l’enseignement comme tel et à l’encadrement des élèves.

Le changement des rôles au sein du contrat pédagogique

Dans les approches modernes de l’éducation, centrées sur les apprentissages des élèves, le contrat pédagogique se transforme, les rôles changent. Bien peu de professeures et de professeurs considèrent aujourd’hui les élèves comme des « réceptacles passifs » qu’il faut « remplir de connaissances ». De fait, les approches pédagogiques modernes résultent en grande partie des expériences pédagogiques menées par les enseignantes et les enseignants dans divers contextes, afin de définir ce qu’on appelait, à l’origine de ce mouvement, la « pédagogie active » (Dewey). Il y a, bien entendu, diverses approches, méthodes, théories qui ont été préconisées depuis, dans cette perspective d’un apprentissage actif : pédagogie de la maîtrise, approche par projets, curriculum par objectifs, constructivisme, etc. L’approche par compétences intègre les acquis des expérimentations de terrain et elle propose une vision cohérente et structurée de l’apprentissage ; elle procède par conséquent une redéfinition des rôles respectifs des élèves, des enseignantes et des enseignants.

Dans une pédagogie centrée sur les savoirs, le contrat de l’élève est d’écouter, de tenter de comprendre, de faire consciencieusement ses exercices et de restituer ses acquis dans le cadre de tests de connaissances papier-crayon, le plus souvent individuels et notés.

Dans une pédagogie de situation-problème, le rôle de l’élève est de s’engager, de participer à un effort collectif pour réaliser un projet et construire, par la même occasion, de nouvelles compétences. Il a droit aux essais et aux erreurs. Il est invité à faire part de ses doutes, à expliciter ses raisonnements, à prendre conscience de ses façons de comprendre, de mémoriser, de communiquer. On lui demande en quelque sorte, dans le cadre de son métier d’élève, de devenir un praticien réflexif. [...] On l’invite à un exercice constant de métacognition et de métacommunication. Un tel contrat exige beaucoup de cohérence et de continuité d’une classe à la suivante et un effort incessant d’explicitation et d’ajustement des règles du jeu. Il passe aussi par une rupture avec la compétition et l’individualisme1.

1 PERRENOUD, Philippe, « Des savoirs aux compétences : les incidences sur le métier d’enseignant et sur le métier d’élève », Pédagogie collégiale, vol. 9, no 2, 1995, p. 7.