Auteurs : Denis Monaghan, Natalie Chaloux
Professeurs au département de psychologie, Cégep de Sainte-Foy
Après avoir incité les institutions collégiales à se doter de mesures visant à accroître la réussite scolaire, le ministère de l'Éducation s'attend maintenant à ce que les collèges rendent compte de l'efficacité des interventions mises en place1. Il est possible d'y voir une occasion de flagorner les mérites d'un collège en divulguant quelques données percutantes sélectionnées avec soin. Cependant, pour répondre judicieusement à cette requête du ministère, une forme d'évaluation plus crédible et productive doit être entreprise. Cet article a donc pour but de sensibiliser la lectrice et le lecteur à l'importance de quelques principes méthodologiques fondamentaux intimement liés à une démarche d'évaluation rigoureuse, objective et, surtout, valide. Ces principes connus sont trop souvent omis puisque les évaluations doivent s'effectuer avec un minimum de ressources et à l'intérieur de délais très courts. Pour bien exposer et illustrer toute l'importance de ces principes, nous utilisons principalement des données issues d'une recherche PAREA menée au cégep de Sainte-Foy, de l'automne 2001 à l'hiver 2003 et intitulée Évaluation d'un programme d'aide à la réussite 2.
La mesure d'aide évaluée dans cette recherche porte le nom de Cheminement Zénith. Cette intervention est conçue pour les élèves qui réussissent moins de 50 % des unités rattachées aux cours suivis à l'une ou l'autre de leurs deux premières sessions au cégep. Tous les élèves invités ont cependant obtenu une cote finale de 70 % ou plus pour leurs études secondaires. Puisqu'il semble que ces élèves possèdent déjà les aptitudes intellectuelles nécessaires pour réussir, l'intervention ne porte pas sur des facteurs d'ordre cognitif, mais plutôt d'ordre affectif. Ainsi, le Cheminement Zénith vise à développer la connaissance de soi et la valorisation personnelle pour faire en sorte que l'élève s'engage dans ses études et les réussisse. L'intervention, qui s'étend sur une session entière, intègre des cours adaptés, un stage et une supervision en tutorat.
L'évaluation de l'efficacité de ce genre de mesure d'aide pourrait se faire rapidement, à peu de frais, tout en donnant des résultats encourageants mais pourtant futiles. Quelques paradoxes issus de données bien concrètes démontreront la nécessité de procéder à des évaluations plus systématiques, souvent plus coûteuses mais combien plus valides et fécondes.
La réussite scolaire augmente chez les élèves aidés, mais l'intervention est inefficace
Pour plusieurs mesures d'aide mises en place dans les collèges, l'objectif principal est de promouvoir la réussite scolaire des élèves qui en bénéficient. Pour cette raison, l'évaluation de l'efficacité de l'intervention repose donc en bonne partie sur une analyse des résultats scolaires des élèves aidés.
À ce propos, les données issues de notre recherche indiquent qu'avant l'intervention, les élèves inscrits au Cheminement Zénith réussissent en moyenne seulement 41 % des unités rattachées aux cours qu'ils ont suivis. Lors de la session d'intervention, ces mêmes élèves réussissent 78 % de leurs unités et, un an après l'encadrement, ce taux de réussite grimpe à 85 %. De même, le Programme d'Encadrement Spécialisé (PEP), offert au cégep de Rimouski à des élèves subissant aussi des échecs multiples, semble avoir un impact similaire sur la réussite scolaire (Désilets et Dubé, 2002). [...]
1 Lettre de la Commission d'évaluation de l'enseignement collégial adressée aux directeurs généraux en mai 2003.
2 MONAGHAN, Denis et Natalie CHALOUX, Évaluation d'un programme d'aide à la réussite, Recherche PAREA, Sainte-Foy, Cégep de Sainte-Foy, 2004.