Auteure : Mélanie Pagé, Professeure de français, Cégep de Sainte-Foy
Toutes les enseignantes et tous les enseignants le savent : les formules pédagogiques doivent être au service des objectifs visés, jamais l’inverse. Lorsqu’une activité amène les élèves à faire efficacement des apprentissages durables qui peuvent être transférés par la suite, qu’importe si elle emprunte les caractéristiques de diverses approches ? C’est ce que j’avais en tête lorsque j’ai décidé, au cours d’une formation PERFORMA sur l’apprentissage par problèmes (APP), d’expérimenter cette méthode dans le deuxième des quatre cours de littérature de la formation générale. Certes, pour arriver à créer un « problème littéraire », il m’a fallu effectuer quelques croisements, greffer un brin de littérature à l’esprit des sciences et mélanger, entre autres, démarche scientifique et analyse littéraire. L’activité née de ce métissage a été expérimentée à l’hiver 2003, dans le cours Littérature et imaginaire : le XIXe siècle (601-701-SF), avec deux groupes d’élèves de première année du pro-gramme de Sciences, lettres et arts, au cégep de Sainte-Foy1.
Pour créer un « problème littéraire », j’ai d’abord tenu compte de la définition de l’APP traditionnel, histoire de me donner une idée de son utilisation actuelle dans différents cours de sciences de divers programmes collégiaux (Sciences de la nature, Soins infirmiers, Techniques d’analyse biomédicale, par exemple).
Dans l’apprentissage par problèmes (APP), les apprenants, regroupés par équipes, travaillent ensemble à résoudre un problème complexe généralement proposé par l’enseignant, problème pour lequel ils n’ont reçu aucune formation particulière, de façon à faire des apprentissages de contenu et à développer des compétences de résolution de problèmes. [...]
La tâche de l’équipe est habituellement d’expliquer les phénomènes sous-jacents au problème et de tenter de le résoudre dans un processus itératif [en formulant des hypothèses, en les vérifiant par la recherche d’information et en effectuant une synthèse de l’information recueillie]. La démarche est guidée par l’enseignant qui joue un rôle de facilitateur.
Dans sa forme la plus traditionnelle [...], les apprenants sont regroupés dans des équipes de 5 à 10 personnes et sont supervisés par un enseignant ou un moniteur (milieu universitaire). Ils travaillent ensemble pendant quelques heures (de 3 à 6) chaque semaine à résoudre un problème le plus souvent réaliste mais parfois réel. Ce problème est présenté autant que possible dans un contexte semblable à celui dans lequel il pourrait être identifié dans la vie réelle [...]2.
À cette étape de ma réflexion, l’entreprise me semblait bien hasardeuse et plusieurs questions d’ordre littéraire m’embrouillaient l’esprit : qu’est-ce qu’un problème, dans un cours de littérature ? Qu’est-ce qu’une hypothèse et qu’est-ce qu’une solution, dans un domaine où rien n’est plus sûr que la remise en question ? Comment créer un contexte réel ou réaliste pour étudier un roman, une pièce de théâtre ou un courant littéraire ? D’un point de vue pédagogique, d’autres interrogations me faisaient douter de la pertinence de cette activité dans mon cours : comment amener les élèves à croire suffisamment en leurs capacités d’apprentissage ? Comment susciter chez eux le goût de découvrir par eux-mêmes des savoirs au lieu d’attendre « les réponses du prof » ?
1 Cette activité pourrait aussi être utilisée avec des groupes composés d’élèves de différents programmes, dans le cours Littérature et imaginaire (601-102-04), par exemple.
2 GUILBERT, L. et L. OUELLET, Étude de cas. Apprentissage par problèmes, Sainte-Foy, Presses de l’Université du Québec, 2002, p. 64-65.