Malaise dans l'éducation

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Auteur : François Rochon, Professeur de français, Cégep de Saint-Laurent

Nous vous présentons ici un autre texte de réaction au rapport synthèse de la Commission d’évaluation de l’enseignement collégial paru en janvier 2001 et intitulé Évaluation de la mise en oeuvre de la composante de formation générale des programmes d’études. Une brève présentation de ce rapport ainsi qu’un extrait où sont exposées les recommandations au terme de l’évaluation ont paru dans l’avant-dernier numéro de Pédagogie collégiale (vol. 14, n o 3) aux pages 46 et 47.

Il y a, à l’heure actuelle, et depuis un certain nombre d’années déjà, un malaise généralisé dans l’éducation, – un malaise à la fois profond, insidieux, peut-être même irréversible. Et l’incapacité de le reconnaître véritablement, ou encore son occultation qui équivaut bien souvent à un refus à peine voilé d’en saisir toute l’ampleur sinon à une démission quant à la tâche même d’éduquer, constitue non seulement un indice mais aussi une des causes les plus pernicieuses de ce malaise.

Certes, la question de l’éducation est fort complexe, les enjeux sont multiples et les intervenants nombreux. L’esprit de réforme, qui souffle sur le Québec depuis des décennies et qui a présidé à d’incessants changements de programmes, au point de révéler une véritable compulsion nationale, participe de ce malaise qu’il ne parvient pas à dissiper mais, bien au contraire, à entretenir et parfois même à amplifier. Quand on en arrive à redéfinir toute l’éducation, du primaire à l’université, en fonction de compétences à maîtriser plutôt que de connaissances à acquérir, comme le proclament les tenants de la présente réforme ; quand on se trouve à assujettir l’éducation au modèle de la production et de la rentabilité industrielles, en faisant signer aux écoles des plans de réussite et des contrats de performance ; et quand on fait reposer la réussite scolaire d’abord et avant tout sur les stratégies pédagogiques des enseignants et non sur l’esprit d’application des élèves et le temps qu’ils consacrent à leurs études, c’est qu’il y a manifestement un grave problème, une immense confusion, un trouble profond dans lequel on est en train de s’enliser sérieusement.

En janvier dernier, la Commission d’évaluation de l’enseignement collégial faisait paraître un «rapport synthèse » sur la formation générale dispensée dans les cégeps, qui a suscité bon nombre de critiques. Il convient de revenir sur ce rapport, fort emblématique du malaise qui frappe l’éducation, avant que certaines de ses recommandations ne soient appliquées.

Éducation et réussite

Il faut dire d’abord que ce que la Commission évaluait n’était pas l’enseignement comme tel, c’est-à-dire le travail réel d’apprentissage qui se fait en classe, mais la «mise en œuvre » de la réforme de 1993. Pour ce faire, la Commission a commandé des rapports d’autoévaluation aux administrations locales, elle a étudié des plans cadres et des plans de cours, et elle a rencontré assez brièvement des groupes de professeurs et d’élèves. Au cégep où j’enseigne, la rencontre conjointe des enseignants de français, d’éducation physique et des cours complémentaires a duré un peu plus d’une heure et demie. Or, la Commission ne s’est pas contentée d’évaluer le respect des devis de la réforme, elle a aussi apposé des sceaux de qualité générale aux cégeps. Paradoxe troublant : ou bien ces sceaux ne tiennent pas compte de l’enseignement réel dispensé dans les cégeps, car la classe n’a pas été un objet d’évaluation, ce qui ne laisse pas d’étonner étant donné que l’apprentissage en classe constitue l’activité principale d’une école ; ou bien ces sceaux englobent l’enseignement, sans que celui-ci ait été pris en compte, de sorte que la pertinence et la justesse de l’évaluation de la Commission laissent grandement à désirer. Dans les deux cas, on mesure à quel point l’évaluation est parcellaire, insuffisante et peu rigoureuse.

L’une des mesures que la Commission recommande dans son rapport, et qui a suscité de nombreuses réactions de protestation, consiste à modifier les premiers cours de français et de philosophie de manière «à favoriser l’augmentation du taux de réussite 1 » de ces deux cours. [...]

1 Commission d’évaluation de l’enseignement collégial, Rapport synthèse. Évaluation de la mise en œuvre de la composante de formation générale des programmes d’études, Gouvernement du Québec, 2001, p. 28. Toutes les citations provenant de ce rapport et leurs références seront indiquées dans le corps du texte, avec le numéro de page entre parenthèses.