Les yeux grands fermés : Le passage du secondaire au collégial dans des programmes de formation technique

  • : Function split() is deprecated in /var/www/aqpc.qc.ca/www/htdocs/sites/all/modules/i18n/i18nstrings/i18nstrings.module on line 537.
  • : Function split() is deprecated in /var/www/aqpc.qc.ca/www/htdocs/sites/all/modules/i18n/i18nstrings/i18nstrings.module on line 537.
  • : Function split() is deprecated in /var/www/aqpc.qc.ca/www/htdocs/sites/all/modules/i18n/i18nstrings/i18nstrings.module on line 537.
  • : Function split() is deprecated in /var/www/aqpc.qc.ca/www/htdocs/sites/all/modules/i18n/i18nstrings/i18nstrings.module on line 537.
  • : Function split() is deprecated in /var/www/aqpc.qc.ca/www/htdocs/sites/all/modules/i18n/i18nstrings/i18nstrings.module on line 537.

Auteure : Claire Fortier, Professeure de sociologie, Collège Édouard-Montpetit

« La plupart des élèves entrent dans l’avenir comme on entre, les yeux ouverts, dans la nuit. »
François Dubet

Le faible taux de diplomation au collégial dans le temps prescrit nous amène à croire que le passage du secondaire au collégial est ardu pour plusieurs jeunes. Qu’en disent les principaux concernés ? Comment vivent-ils l’expérience de ce passage ? Pour répondre à ces questions, une population étudiante, soit 46 jeunes provenant directement du secondaire et inscrits dans des programmes techniques au collégial, a été rencontrée dès les quatre premières semaines de leur entrée au collégial lors d’entrevues individuelles semi-directives1. L’analyse de leur discours permet de saisir que, au croisement de deux dynamiques (expérimentation et autonomisation), ces jeunes s’engagent dans leurs études les « yeux grands fermés2 ». Ils ont les yeux grands parce qu’ils désirent réussir leurs études, s’y investir, prendre leur « métier d’étudiant » (Coulon, 1997) au sérieux et ils déploient une réelle motivation pour se projeter dans un projet professionnel. Ils ont aussi les yeux fermés parce que l’horizon demeure incertain et obscur ; ils ont de la difficulté à se projeter dans l’avenir. Pris dans un maelström d’incertitudes qui rend flous leur choix de programme d’études et leur projet professionnel, ils affichent une insouciance ou une désinvolture certaine. « Ainsi, la jeunesse est à la fois un temps suspendu et un temps sérieux. » (Dubet et Martuccelli, 1996, p. 252)

Parmi ces jeunes de 16-17 ans, il y a 32 garçons et 14 filles. Cette faible proportion de filles s’explique par le fait qu’il s’agit de jeunes inscrits surtout dans des programmes de techniques physiques. La majorité d’entre eux vivent sous la tutelle parentale. Près de la moitié d’entre eux entreprennent des études plus avancées que celles réalisées par leur mère et un peu plus du tiers comparativement au père.

Le processus d'orientation

Depuis leur choix de programme en cinquième secondaire, la majorité de ces 46 jeunes ne savent pas réellement dans quoi ils s’embarquent et vers quoi ils se dirigent : le choix d’un programme a été et demeure incertain3.

Les motifs du choix de programme

En cinquième secondaire, devant l’impératif de s’inscrire au collégial, il faut prendre une décision. Le choix de programme se fait donc souvent rapidement. Pour la majorité de ces jeunes, il repose certes sur une information qu’ils viennent à peine de recueillir mais aussi sur une expérience non négligeable : la trilogie « bon cours, bon prof, bonnes notes dans ce cours ». [...]

1 Ces entrevues sont les premières réalisées dans le cadre d’une recherche longitudinale sur Les Parcours scolaires en sciences et technologies au collégial auprès d’une population étudiante globale de 246 personnes interviewées à différentes reprises durant leur formation collégiale.

2 Le document Les Yeux grands fermés est disponible sous forme d’une note de recherche au CIRST : www.cirst.uqam.ca

3 Ces jeunes sont à cet égard représentatifs des étudiantes et des étudiants de leur âge. En effet, plusieurs études « témoignent de l’importance de l’indécision vocationnelle chez les jeunes. [...] Près des trois quarts des étudiants de cinquième secondaire n’auraient pas d’idée, semble-t-il, de leur orientation lorsqu’ils amorcent cette dernière année de leurs études secondaires » (Conseil supérieur de l’éducation, 2002, p. 26).