Auteur : Jean-Pierre Proulx, Président, Conseil supérieur de l’éducation
Il faut poursuivre la réforme amorcée en 1993 tout en donnant quelques coups de barre
L’importante réforme des programmes des collèges en formation technique lancée en 1993 a donné des fruits. Le bilan global est positif. Les programmes renouvelés sont maintenant de meilleure qualité et plus cohérents. Ils prennent mieux en compte les besoins du marché du travail qui participe de très près à l’analyse des situations de travail. L’importance accordée à la formation pratique y est plus grande. Les programmes sont plus exigeants. Mais cette réforme est inachevée et il convient de donner encore quelques coups de barre significatifs.
Le Conseil supérieur de l’éducation vient donc, après 19 mois de consultation dans le milieu et de travaux intensifs, de publier un « bilan critique » de certains aspects de cette réforme dans un avis au ministre de l’Éducation intitulé : « Regard sur les programmes de formation technique et la sanction des études : poursuivre le renouveau au collégial ».
La préparation de ce bilan a inévitablement amené le Conseil à réfléchir à la formation générale dans le cadre des programmes de formation technique. La question, d’ailleurs, donne toujours lieu aux débats les plus difficiles dans le milieu. À cet égard, et après mûres délibérations, le Conseil a recommandé au ministre :
Le Conseil est pleinement conscient des conséquences pratiques de cette recommandation. Mais il est convaincu que la nécessité d’offrir une « formation signifiante pour les élèves » passe par cet élargissement et que les exigences de la vie sociale et professionnelle d’aujourd’hui ne sauraient justifier davantage qu’on limite la formation générale aux disciplines inspirées des humanités classiques que sont les langues, la philosophie et l’éducation physique.
La réforme amorcée en 1993 n’est pas banale. On a en effet confié à chaque collège le soin de définir lui-même l’ensemble des activités d’apprentissage (cours, travaux pratiques, stages, etc.) propres à la formation spécifique d’un programme technique. Le ministre de l’Éducation a conservé la responsabilité générale de fixer les objectifs de chaque programme dorénavant définis en termes de compétences. Bref, on a décentralisé radicalement la confection des programmes.
Ce fut heureux. La réforme a renforcé la concertation des enseignantes et des enseignants et, du coup, la cohérence des programmes. Elle a favorisé une meilleure appropriation locale des programmes. Bref, elle a fait de ceux-ci une œuvre collégiale qui manifeste mieux leur caractère public.
Au surplus, les collèges ont procédé à cette réforme dans des conditions difficiles, voire éprouvantes, créées en particulier par les resserrements budgétaires de 1994-1995 et qui ont retardé la mise en place d’éléments importants de la réforme. D’ailleurs, en 2001, guère plus de la moitié des programmes techniques menant au DEC avaient été renouvelés.