Les logiques sociales qui conditionnent la réussite en milieu collégial

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Auteur : Jacques Roy, Professeur de Techniques de travail social, Cégep de Sainte-Foy, Membre-chercheur à l’Observatoire Jeunes et Société

La réussite occupe un espace grandissant dans nos réflexions collectives. Elle est l’objet de débats dans bon nombre de tribunes publiques. Pour certains, elle représente un enjeu social qui n’est pas sans s’apparenter au sort des nouvelles générations. Dans le réseau scolaire, on en a fait une priorité qui interpelle tous les membres de la communauté.

Mais aborder le thème de la réussite scolaire, c’est également approfondir le rapport de l’élève à la société, à un « social » composé de valeurs, d’idéologies dominantes, de conditions socioéconomiques, de liens sociaux et familiaux, de travail rémunéré pendant les études, de styles de vie recherchés, etc. C’est voir que l’élève est traversé de part en part par diverses influences sociales qui conditionnent ses attitudes, ses comportements, ses aspirations et, en dernière analyse, son parcours scolaire, avec la contribution d’autres facteurs inhérents au collège lui-même.

Une étude sociologique réalisée au cégep de Sainte-Foy, Des logiques sociales qui conditionnent la réussite (Roy, Gauthier, Giroux et Mainguy, 2003)1, en témoigne. L’intuition première de la recherche - son paradigme - consistait à poser l’hypothèse que la réussite des élèves n’est pas uniquement tributaire de l’environnement éducatif du cégep, des styles de pédagogie existants ou de difficultés reliées au passage entre les cycles secondaire et collégial, par exemple. Que le « social », en dehors des quatre murs de l’institution d’enseignement, peut exercer une influence tout aussi déterminante que les facteurs endogènes au système de l’éducation, sinon plus, sur la trajectoire scolaire des élèves. Plus précisément, la recherche qui puise ses fondements théoriques au courant de « l’écologie sociale2 », s’est appliquée à évaluer la portée de certains facteurs sociaux sur la réussite scolaire. Chemin faisant, elle a permis de dégager des logiques d’ensemble - sous la forme de logiques sociales3 - qui interfèrent sur leur cheminement scolaire. Les constats qu’elle fait remettent en question la façon de « penser » l’intervention en matière de réussite en situant cette réflexion à travers un paradigme, celui du « social ». D’autant plus que, traditionnellement, la réussite a plutôt été abordée sous l’angle de facteurs internes au milieu de l’éducation (environnement éducatif, types de pédagogie, passage du secondaire au collégial, etc.), à distance de dimensions sociales qui, pourtant, sont sources d’influence chez l’élève.

Le présent article4 rend compte des principales conclusions de la recherche réalisée sur deux ans auprès d’un échantillon représentatif de 563 élèves du cégep de Sainte-Foy. Avant d’explorer les principaux résultats de l’étude, il importe de souligner que ceux-ci n’ont pas la prétention de refléter la situation de l’ensemble des élèves du réseau collégial, encore moins celle des jeunes au Québec. Ils sont représentatifs des élèves du cégep de Sainte-Foy, donc d’un milieu qui a ses propres caractéristiques sociologiques, bien que, régulièrement, nous ayons eu l’occasion de comparer nos résultats avec ceux d’autres études et d’apprécier ainsi leur convergence sur diverses dimensions étudiées.

1 ROY, J., M. GAUTHIER, L. GIROUX et N. MAINGUY, Des logiques sociales qui conditionnent la réussite. Étude exploratoire auprès des étudiants du Cégep de Sainte-Foy, Programme PAREA, Sainte-Foy, Cégep de Sainte-Foy, 2003.

2 Il s’agit d’un courant de recherche sociale qui s’applique à comprendre la nature des interrelations complexes qui lient l’individu à ses différents environnements (famille, réseaux sociaux, école, travail, quartier, village, etc.) afin d’en dégager une toile de fond. Dans le cas de la présente étude, l’interaction entre l’élève et ses différents environnements (incluant le champ des valeurs) a été mise en relation avec les indicateurs de la réussite scolaire.

3 Nous entendons par logiques sociales les diverses composantes de l’intégration des élèves à la vie collective. Le concept est déterminé par la socialisation au regard des différents environnements dans lesquels évolue l’élève. Dans ce paradigme d’intégration, il y a par ailleurs place à considérer l’élève comme un acteur de par les choix qu’il pose et les stratégies qu’il déploie dans ses différents milieux de vie.

4 Cet article est aussi publié dans les Actes du colloque de l’AQPC de juin 2003.