Auteurs :
Pierre Laurence, Conseiller pédagogique
Jean-François Léonard, Professeur de géographie et politique
Jacques St-Onge, Professeur de psychologie
CÉGEP DE VICTORIAVILLE
Dans ce texte, nous traiterons de la nécessité de recourir à une évaluation contextualisée, des caractéristiques d’une bonne grille d’évaluation, des avantages que procurent les grilles d’évaluation critériées et du chemin parcouru pour établir notre modèle local
L’implantation de l’approche par compétences implique le recours à des méthodes d’évaluation qui lui sont pertinentes. Le principe de base peut s’énoncer comme suit : l’évaluation se doit d’être contextualisée, ce qui signifie, d’une part, que la situation d’évaluation imaginée par l’évaluateur sera représentative d’une tâche qui sera accomplie par les apprenants une fois leur formation complétée 2 et, d’autre part, que la situation d’évaluation sera aussi globale que possible, à savoir qu’elle fera appel à un grand nombre de volets du domaine de connaissances avec lequel l’apprenant aura été mis en contact durant le cours.
Ne serait-il pas plus simple d’évaluer par segments tout ce que l’élève a appris, par le biais de petites questions à choix de réponses ou à développement court ? Pas nécessairement. Malgré son apparente simplicité, cette façon de procéder comporte un inconvénient majeur : si l’enseignement et l’évaluation ne portent que sur des connaissances déclaratives et procédurales 3, il ne faut pas s’attendre à ce que des élèves développent des compétences.
Voilà le nœud de l’affaire : l’évaluation d’une compétence représente une tâche plus complexe que celle de la somme des connaissances déclaratives et procédurales inhérentes à la compétence. Pour évaluer une compétence, il convient mieux d’évaluer les connaissances contextuelles, que certains appellent aussi connaissances conditionnelles. On peut définir celles-ci et les mesurer sur le principe qu’il s’agit de la capacité de l’élève à résoudre un problème complexe en sélectionnant parmi l’ensemble du corpus les connaissances déclaratives et procédurales pertinentes et en les mobilisant pour effectuer la tâche. À la lumière de ce qui précède, il apparaît clairement, d’une part, que les connaissances contextuelles relèvent d’un niveau taxonomique 4 plus élevé que les connaissances procédurales et déclaratives et, d’autre part, qu’elles englobent des connaissances procédurales et déclaratives. Or, selon un courant de pensée fort répandu dans le réseau, l’approche par compétences (APC) ferait fi de l’enseignement et de l’évaluation des connaissances déclaratives. Mais comment prétendre évaluer des connaissances contextuelles sans que certains critères ne portent sur la pertinence et l’utilisation des connaissances déclaratives et procédurales mobilisées par la situation problème présentée ?
À cette question, se greffent huit autres qui nous semblent incontournables lorsqu’il s’agit de réfléchir à la conception d’un instrument d’évaluation dans le contexte de l’approche par compétences :