Auteur : Luc Desautels, Professeur de philosophie, Cégep régional de Lanaudière à L’Assomption
Cet article présente une partie d’un projet de recherche soumis au Programme d’aide à la recherche sur l’enseignement et l’apprentissage (PAREA) que nous réaliserons dans les deux prochaines années. Ce projet a pour objet l’enseignement de la philosophie éthique propre au programme au collégial et il entend poser un regard critique sur les pratiques auxquelles celui-ci donne lieu.
Dans ce texte, nous rappellerons d’abord le mandat officiel du troisième cours obligatoire de philosophie, le cours de philosophie éthique propre au programme de l’élève, et nous le situerons par rapport à l’ensemble des cours de formation générale telle qu’elle a été conçue à la suite du renouveau de l’enseignement collégial, puis nous résumerons les discussions qui ont eu lieu autour de sa genèse et ferons le point sur les premières tentatives d’évaluation de cette approche propre au programme.
Depuis bientôt dix ans, l’ordre d’enseignement collégial vit une réforme importante ; parmi les mesures de ce renouveau, on retrouve, entre autres, l’introduction de l’approche par compétences, la valorisation de l’approche programme, la modification de la structure et du contenu de la formation générale.
L’enseignement de la philosophie éthique au collégial s’inscrit dans le cadre de cette formation générale que tout programme d’études préuniversitaires ou techniques doit comprendre. Aux côtés de la langue maternelle, de la langue seconde et de l’éducation physique, la philosophie fait partie de la composante de formation générale commune et obligatoire de chaque programme pour toutes les candidates et tous les candidats au Diplôme d’études collégiales (DEC). À ce titre, comme les autres disciplines de la formation générale, la philosophie
[...] a une triple finalité, soit l’acquisition d’un fonds culturel commun, l’acquisition et le développement d’habiletés génériques et l’appropriation d’attitudes souhaitables. Ces trois aspects visent à former la personne en elle-même, à la préparer à vivre en société de façon responsable et à lui faire partager les acquis de la culture1.
L’énoncé des intentions éducatives de la formation générale qui doivent s’appliquer plus particulièrement en philosophie confirme cette visée : « L’enseignement de la philosophie a pour objet la formation de la personne en elle-même et en tant que citoyen ou citoyenne ayant un rôle politique, social et professionnel à jouer2. »
Quant à la formation générale propre au programme, catégorie dans laquelle est incluse le cours de philosophie éthique, elle est celle qui doit permettre « d’introduire des tâches ou des situations d’apprentissage qui favorisent leur réinvestissement dans la composante de formation spécifique au programme3 ». Le troisième cours de philosophie, la philosophie éthique propre au programme, doit contribuer à cette nouvelle perspective :
Le troisième ensemble vise à ce que l’on amène l’étudiant ou l’étudiante à se situer de façon critique et autonome par rapport aux valeurs éthiques. Il ou elle prend connaissance de différentes théories éthiques et politiques et les applique à des situations contemporaines relevant de la vie personnelle, sociale et politique. L’analyse de problématiques actuelles, concernant le champ d’études de l’étudiant ou de l’étudiante, et la dissertation philosophique sont des moyens privilégiés pour lui permettre d’acquérir la compétence4.
On peut ici se demander si l’analyse des problématiques actuelles concernant le champ d’études de l’élève contribue vraiment à développer chez lui l’esprit critique et l’autonomie face aux valeurs éthiques et à favoriser un réinvestissement réciproque entre la formation spécifique et la formation générale. L’objet principal de cet article consiste justement à démontrer que ce moyen proposé dans les devis officiels, l’analyse de problématiques liées au programme, a besoin d’être examiné de près afin de déterminer s’il atteint convenablement les cibles sur lesquelles tous les acteurs du renouveau s’entendaient.