Les collèges et la réussite de leurs étudiants : imputables ou pas ?

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Auteur : Yves Blouin, Directeur général, Collège François-Xavier-Garneau

Le ministère de l’Éducation, comme tous les autres ministères et sociétés publiques, s’est donné il y a quelques années déjà un plan stratégique conforme au nouveau cadre de gestion voulu pour l’administration gouvernementale, décrit dans la Loi sur l’administration publique. C’est ainsi qu’apparurent, dans ce même plan stratégique, des orientations telles Accroître l’efficacité du système d’éducation en mettant l’accent sur les résultats, sur l’imputabilité et sur la transparence de la gestion publique et Accroître la réussite scolaire des élèves, des étudiantes et des étudiants, en visant la réalisation d’un maximum d’apprentissages et la persévérance jusqu’au diplôme. Et c’est ainsi, comme première retombée visible de ce cadre de gestion dans les collèges, que ceux-ci furent dans l’obligation d’adopter un plan de réussite comportant des objectifs quantitatifs de réussite des cours, de persévérance (réinscriptions en troisième session) et de diplomation.

Ce nouveau langage et ces nouvelles pratiques soulèvent une question fondamentale, celle de l’imputabilité des collèges en regard de la réussite de leurs étudiantes et étudiants. C’est une question difficile, qui soulève les réactions les plus vives et qui, traditionnellement, divise le monde de l’éducation. Or, au moment où des amendements récents à la Loi sur les collèges oblige ces derniers à élaborer un plan stratégique qui tient compte des orientations du ministère de l’Éducation et qui intègre leur plan de réussite, consacrant ainsi sa pérennité, il apparaît plus important que jamais de disposer sur cette question d’orientations claires, nuancées et crédibles, auxquelles pourront se rallier tous les collèges et tous les acteurs qui y oeuvrent, au premier chef les enseignantes et les enseignants. Le présent article veut contribuer à cette démarche. Car, à défaut d’y parvenir, les positions les plus extrêmes continueront de se perpétuer en se nourrissant les unes aux autres, compromettant par le fait même la possibilité pour les collèges de développer des pratiques de reddition de comptes adaptées au contexte de l’enseignement supérieur et véritablement utiles.

Quelques prémisses à propos de la réussite scolaire

La question de l’imputabilité des collèges en regard de la réussite de leurs étudiantes et étudiants, pour être traitée convenablement, doit prendre appui sur une compréhension juste des enjeux reliés à la réussite scolaire elle-même et des facteurs qui sont en cause. Il est utile de rappeler ici les quelques prémisses qui guident généralement l’action des collèges en la matière.

  • La réussite scolaire, et tout effort concerté pour l’augmenter, tel que les collèges s’y sont engagés au moyen de leur plan de réussite, n’a de sens que dans la mesure où sont maintenues l’accessibilité aux études et les exigences d’une formation de qualité.
  • La qualité de la formation et l’accessibilité aux études étant assurées, il faut considérer la réussite scolaire comme un indicateur de première importance de la performance des collèges et suivre la progression des données les plus pertinentes à cet égard, notamment les taux de diplomation.
  • La réussite scolaire est un phénomène complexe. Quand on cherche à l’améliorer, on constate inévitablement que les facteurs à considérer sont nombreux, variés et interreliés. Il n’y a ni cause ni solution unique. Il n’y a pas non plus de solution simple et rapide. Il faut plutôt tabler sur un ensemble de dimensions et y voir un travail qui s’inscrit dans la durée.
  • Les établissements d’enseignement eux-mêmes jouent un rôle déterminant dans l’amélioration de la réussite, mais ils ne peuvent tout faire seuls. Tenant compte de la complexité et de la multiplicité des facteurs en cause, il faut plutôt y voir une responsabilité partagée...

... entre les établissements d’enseignement et la société

Les établissements d’enseignement ont en effet besoin du soutien des principaux acteurs sociaux : du Gouvernement d’abord, qui peut se manifester de différentes façons (cohérence dans son action, allocation suffisante de ressources et autres interventions), des entreprises ensuite (valorisation du diplôme, gestion responsable du travail rémunéré et autres) et aussi des familles qui doivent insister sans relâche sur l’importance de l’école et agir en conséquence.

... entre les différents ordres d’enseignement

La réussite à un ordre d’enseignement n’est pas sous la responsabilité exclusive de celles et de ceux qui y oeuvrent. Elle dépend dans une large mesure de l’arrimage avec l’ordre d’enseignement qui précède. Le collégial a bien sûr la responsabilité de prendre les élèves diplômés du secondaire tels qu’ils sont à leur arrivée et de faire tout en son possible pour les conduire à la réussite. [...]