Auteur : Pierre Després, Coordonnateur du Comité des enseignantes et enseignants de philosophie, Collège Montmorency
Le 21 novembre prochain, Journée internationale de la philosophie, les enseignantes et les enseignants de philosophie célèbreront trente-cinq ans d’enseignement public de cette discipline dans les cégeps du Québec. La réflexion qui suit retrace les moments importants de l’histoire de cet enseignement depuis le Régime français.
Il y a indéniablement, depuis une dizaine d’années, un regain d’intérêt pour la philosophie. La multiplication de cafés philosophiques1 en France est un indice de cette vitalité. Dans la foulée de cette quête de sens spontanée et populaire que représente la venue de ces cafés, sont aussi apparus, dans le même esprit, des cafés scientifiques2. Ces derniers abordent plus spécifiquement les questions relatives au rôle de citoyen (enjeux éthiques, politiques et philosophiques) associées au développement rapide des sciences et des techniques dans notre monde moderne3.
Au-delà de ces nouvelles tendances sociales de la réflexion philosophique, il faut aussi mentionner des préoccupations philosophiques plus diffuses qui touchent de plus en plus de grands segments de la population. La quête de sens est palpable quotidiennement dans les sociétés industrialisées. Souvent incapables de concilier exigences professionnelles, rôle de citoyen et vie familiale, de plus en plus de personnes sont en quête d’un sens plus intégrateur à leur vie. Elles refusent ainsi la spécialisation et le morcellement auxquels les exigences de l’économie cherchent souvent à les confiner. Nous croyons que cette quête de sens, qui donne éventuellement la vie heureuse, a besoin de la philosophie. En effet, nous vivons dans un monde où l’individu devra compter essentiellement sur sa raison pour articuler et fonder le sens qu’il cherche à donner à son existence. Le philosophe français André Comte-Sponville définissait ainsi la philosophie en paraphrasant Épicure : « La philosophie est une pratique discursive [... ] qui a la vie pour objet, la raison pour moyen, et le bonheur pour but. Il s’agit de penser mieux, pour mieux vivre4. »
Dans la mesure où le mandat de la formation générale dans nos collèges et, de facto celui de la philosophie, est de former la personne5 à prendre pleinement ses responsabilités professionnelles et civiques dans la société de demain, il devient indispensable de prendre en compte ces préoccupations populaires dans l’enseignement futur de cette discipline. Nous proposons ici une réflexion qui voudrait faire le point sur l’évolution de l’enseignement de la philosophie au Québec afin de dresser quelques pistes de réflexion sur la contribution à venir de cette discipline de la formation générale collégiale.
1 Les cafés philosophiques sont des lieux de rencontre populaires se tenant généralement dans les cafés et les bars. Ces rencontres, contrairement à la forme plus institutionnelle de l’enseignement de la philosophie, sont spontanées et libres.
2 Cette formule, qui met en contact des citoyens avec des scientifiques, des éthiciens et des philosophes a connu un grand succès ces dernières années un peu partout en France. Plusieurs lycées français ont adapté les cafés scientifiques au milieu scolaire. Au printemps dernier, un colloque se tenait à Paris sur ce type de forum de discussion. Au Québec, un projet pilote visant à implanter cette nouvelle formule est actuellement en cours.
3 Au Québec, le forum international Science et société se tient à chaque année sous la responsabilité de l’ACFAS. Il s’agit d’un forum qui regroupe pendant une fin de semaine trois cents jeunes cégépiennes et cégépiens du Québec avec des scientifiques et des philosophes de la francophonie.
4 COMTE-SPONVILLE, André, Le bonheur, désespérément, Éditions Pleins feux, 2000, p. 13.
5 Les buts et intentions éducatives de la formation générale précisent que la formation générale vise à former la personne en elle-même, à la préparer à vivre en société de façon responsable et à lui faire partager les acquis de la culture.