L'enseignement par les jeux de l'esprit... Vivement la philosophie !

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Auteur : Guy Ferland, Professeur de philosophie, Collège Lionel-Groulx

Les cours de philosophie doivent être dynamiques, entraînants, enlevants, envoûtants, en un mot : étonnants. Toute la pertinence des cours de philosophie au cégep réside dans la capacité des professeurs à éveiller les esprits endormis et à propulser plus loin les élèves déjà allumés par la flamme de la réflexion. En ce domaine, il n’y a pas de matière sacrée à transmettre. Seulement une ouverture d’esprit à créer envers la pensée et le monde des idées, pour paraphraser Platon.

Afin de réaliser ce prodige d’intéresser des jeunes de 16 à 19 ans à la réflexion, en ces temps difficiles pour la lenteur des pensées profondes, mieux vaut s’armer de compréhension et d’outils pédagogiques adéquats.

Comprendre les élèves pour qu’ils comprennent
 

Les élèves d’aujourd’hui sont les produits du monde contemporain. Leurs connaissances, leurs besoins, leurs intérêts, leurs capacités, leurs méthodes de travail, leurs façons de parler et d’écrire, leur bagage culturel, leurs idées sont les reflets changeants du monde dans lequel ils ont grandi. Leur inculquer des connaissances abstraites à partir de conceptions oiseuses, de normes à atteindre définies en hauts lieux représente la meilleure façon de s’isoler dans une tour d’ivoire et d’enseigner dans le vide sidéral incarné par des visages hagards de jeunes livides.

Pour le dire en termes moins poétiques : il ne s’agit pas de tirer les élèves vers le summum de la pensée en s’appuyant sur la vertu intrinsèque de la philosophie, mais d’enseigner à penser par soi-même à partir du bagage culturel et scolaire des élèves qui terminent le secondaire. Faire le contraire, comme certains le tentent en idéalisant la discipline, la matière, le contenu, les devis et les objectifs à atteindre, avant même de prendre contact avec leurs élèves, conduit à monologuer en classe. Malheureusement pour la profession, certains professeurs aiment s’entendre parler...

Quand on prend en considération les besoins et les capacités des jeunes, on parvient sans peine et même avec beaucoup de plaisir à susciter la réflexion. À partir de ce point initial simple qui consiste à amener les élèves à s’interroger sur leurs croyances et sur leurs habitudes, le professeur de philosophie peut conduire une classe aussi loin que les élèves le peuvent. Et ceux-ci peuvent aller souvent plus loin qu’on le suppose dans le milieu de l’éducation.

Pour ne pas se créer d’embûches, d’obstacles insurmontables à franchir, de montagnes à gravir, de difficultés de parcours, de pièges à éviter, de déminage de terrain (je ne sais plus quelle image ajouter...), le professeur de philosophie doit être vierge de tout idéal à atteindre de façon absolue. En début de session, il y a bien sûr un minimum de matière à voir. Mais même ce minimum doit être défini et redéfini par les capacités de compréhension et les besoins que les élèves manifestent au premier contact.

L’art de l’enseignant consiste justement à prendre en considération les différents facteurs en jeu dans l’acte pédagogique, à savoir : une matière à enseigner à un groupe de jeunes en situation d’apprentissage qui possèdent des capacités de concentration et de travail données.

En éducation, le savoir d’expérience en classe se construit par l’analyse réflexive.