Auteur : Luc Desautels, Professeur de philosophie, Cégep régional de Lanaudière à L’Assomption
Cours d’éthique «propre au programme », «éducation à la citoyenneté », philosophie davantage collée aux préoccupations et intérêts des élèves... Que penser de ces débats qui se mènent autour de l’enseignement de la philosophie dans le réseau collégial québécois ? Lorsqu’on enseigne la philosophie éthique à de jeunes adultes, que doit-on viser pour que cet enseignement soit significatif ? Sur quelles bases peut-on s’appuyer et quelles sont les lignes directrices qui peuvent nous guider ? Peut-on se contenter des devis ministériels ou faut-il pousser plus loin la recherche ? Resituer ces questions sur l’horizon plus large des finalités de l’éducation pourrait nous aider à y voir plus clair et c’est pourquoi nous présentons ici le résultat d’un tour d’horizon dans certains ouvrages de philosophie de l’éducation, de tradition française, ainsi qu’une liste de questions complémentaires auxquelles ces lectures nous ont conduit et sur lesquelles nous souhaiterions échanger avec les lecteurs intéressés.
Après avoir rappelé les buts proposés actuellement par le Ministère pour l’enseignement de la philosophie au collégial, et plus particulièrement de la philosophie éthique, nous aborderons ce qui nous est apparu comme le but principal de toute oeuvre d’éducation, à savoir former un être humain. Nous distinguerons ensuite cette visée fondamentale des autres buts, qui ne peuvent alors qu’être secondaires, et nous tenterons de cerner les données convergentes d’anthropologie philosophique qui peuvent servir d’assises à tout projet de formation, la formation éthique y étant évidemment incluse. Puis, nous proposerons quelques pistes de réflexion sous forme de questions reliées à l’enseignement de l’éthique tel qu’il se pratique actuellement au collégial.
L’enseignement de la philosophie éthique au collégial s’inscrit dans le cadre de la formation générale que tout programme d’études préuniversitaires ou techniques doit comprendre. Aux côtés de la langue maternelle, de la langue seconde et de l’éducation physique, la philosophie fait partie de la composante de formation générale commune et obligatoire pour tous les candidats au diplôme d’études collégiales (DEC). Cette discipline est aussi incluse, avec la langue maternelle et la langue seconde, dans la composante de formation générale propre au programme : c’est dans cette composante que se situe l’enseignement du cours de philosophie éthique. Or, on lit dans le document-cadre officiel qui guide l’enseignement des disciplines de la formation générale des élèves du collégial que
[...] la formation générale est partie intégrante de chaque programme à titre de formation commune, propre et complémentaire. Elle a une triple finalité, soit l’acquisition d’un fonds culturel commun, l’acquisition et le développement d’habiletés génériques et l’appropriation d’attitudes souhaitables. Ces trois aspects visent à former la personne en elle-même, à la préparer à vivre en société de façon responsable et à lui faire partager les acquis de la culture .
Cet extrait porte à confusion, ces trois buts – former la personne, préparer à la vie sociale, partager les acquis culturels – pouvant tout autant suggérer une opposition qu’une équivalence.
Le même document précise ensuite les intentions éducatives de la formation générale telles qu’elles doivent s’appliquer particulièrement en philosophie : «L’enseignement de la philosophie a pour objet la formation de la personne en elle-même et en tant que citoyen ou citoyenne ayant un rôle politique, social et professionnel à jouer. » Une question ici se pose : former d’abord la personne ou le citoyen ?