L'élève au centre de ses apprentissages : vers une nouvelle définition

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Libre opinion

Cette rubrique concrétise l’ouverture idéologique de la revue en exposant différents points de vue. Vous êtes invités à y partager vos idées ou à nous faire parvenir votre réaction face à celles qui y sont publiées.


Auteure : Lina Sylvain, Chercheure et enseignante, Techniques d’éducation spécialisée, Collège de Sherbrooke

Depuis la dernière réforme en éducation, l’expression « placer l’élève au centre – ou au coeur - de ses apprentissages » est courante et, aussi simple soitelle, elle résume parfaitement le malaise qui sévit actuellement en éducation. Si chaque élève forme en soi un centre, où se situe l’enseignante ou l’enseignant dans le processus d’apprentissage ? Doit-il ouvrir la voie et aplanir les difficultés, observer et guider ou, encore, se contenter d’être au service de ses élèves ?

Avant de poursuivre notre réflexion, une définition du terme « éduquer » s’impose. Legendre affirme que le verbe éduquer « a une extension plus grande qu’instruire, ce dernier [verbe] se limitant à l’acquisition de connaissances. Instruire, c’est informer tandis qu’éduquer est à la fois informer et former » (1988, p. 220). Cette distinction entre l’éducation et l’instruction est davantage explicitée chez Labelle (1996), lorsqu’il s’appuie sur les origines étymologiques grecques et latines du mot « éducation » pour en comprendre les axes d’interprétation, donc d’action. Pour lui, le mot « éducation » provient de educare, qui signifie « nourrir, élever », et ne s’applique qu’à l’homme. Il ajoute que trop souvent le mot « éducation » est pris dans le sens de profiteri, c’est-à-dire « qui se déclare ».

Ces précisions soulèvent plusieurs questions. Ainsi, quelle signification est attribuée à l’éducation (et non à l’instruction ou à l’enseignement) dans une approche par compétences ? Celle de livrer de l’information ou celle de nourrir (educare) l’autre sur la route des saveurs (du savoir) par le biais des apprentissages ? De plus, l’aspect prioritairement instructif de l’approche par compétences évacuerait-il d’emblée la fonction éducative de l’enseignante et de l’enseignant au collégial ?

Postic (1998) définit la fonction enseignante comme un ensemble d’actes pédagogiques, organisés en vue d’atteindre un but très précis, par exemple, la fonction d’animateur, celle de conseiller, etc. Au collégial, la tâche d’une enseignante ou d’un enseignant, telle qu’elle est définie dans la convention collective, ne recouvre officiellement qu’un seul aspect : l’enseignement est décrit par un ensemble de tâches, lesquelles correspondent à une fonction à dominance instrumentale. Or, ce qui impulserait celuici vers une intention de nourrir et d’élever (de educare) la conscience de l’élève est autre. Mais qu’est-ce donc ? Qu’estce qui caractérise cette fonction éducative, outre son caractère instrumental ?

Postic (1994) suggère une classification de la fonction enseignante en deux grandes catégories : la fonction instrumentale et la fonction symbolique. D’une part, la mise en action des savoirs agit à titre de fonction instrumentale. D’autre part, la fonction symbolique relève des valeurs sociales telles qu’elles sont véhiculées par la société, l’école, les parents et les élèves. C’est dans cet esprit que, suite à une recherche longitudinale, Postic constate que les nouvelles personnes qui entrent dans la profession enseignante effectuent leur choix pour la profession relativement à une recherche d’enrichissement personnel : « En formant les autres, on se forme soi-même. » (1994, p. 124) Une fois dans le métier, deux conditions leur permettent de se développer harmonieusement dans leur profession. La première relève de la nécessité, de s’inscrire tout à la fois dans un processus de rupture et de continuité entre la fonction symbolique de départ et celle qu’il développe dans sa pratique professionnelle. La seconde condition consiste à considérer la fonction instrumentale et la fonction symbolique comme indissociables : l’une agissant pour l’autre et avec l’autre. Elles demeurent distinctes, mais complémentaires. Ce mouvement d’alternance et, en même temps, de cloisonnement entre les deux fonctions, instrumentale et symbolique, peut donc s’avérer porteur d’un épanouissement personnel et professionnel chez l’enseignante et l’enseignant. Par ailleurs, qu’adviendra-il lorsque les valeurs personnelles de celui-ci (la fonction symbolique) entreront en conflit avec les valeurs et des finalités de l’établissement, notamment celle de l’idéologie de la réussite ?

L’origine du malaise : la fonction enseignante

Sur ce thème, Postic (1994) pense que ce n’est pas le rôle comme tel qui suscite un malaise chez l’enseignante et l’enseignant, mais la mise en action de ce rôle, la fonction. En vérité, selon cet auteur, l’établissement confie à celui-ci des fonctions nouvelles, notamment celles d’organisateur et de coordonnateur de situations d’apprentissage, d’observateur des conduites d’apprentissage et d’enseignement, de conseiller auprès des élèves, de négociateur auprès des partenaires, de gestionnaire des stratégies d’apprentissage. [...]