Auteur : Daniel Vallières, Professeur de français, Collège de Sherbrooke
Il n’y a pas si longtemps, le petit Jean Lévesque qui entrait sur le marché du travail pouvait travailler toute sa vie sur une chaîne de montage, dans un bureau de notaire ou de médecin, ou dans sa classe s’il était prof. Il avait souvent un seul patron qui gérait à la verticale et son travail était conjugué ainsi : je fabrique, tu brises, il répare, nous nous disputons, vous inspectez et triez, ils gèrent et décident, on regarde le produit, on trie le bon du mauvais, on augmente les contrôles1.
Dans un avenir rapproché, le petit Jean Lévesque qui entrera sur le marché du travail aura des comptes à rendre à plusieurs personnes. On lui demandera de travailler en équipe, de partager ses idées pour trouver de nouvelles façons d’accomplir le travail, de s’impliquer à toutes les étapes de la production et de faire preuve de leadership. Il fera partie d’une gestion à l’horizontale et son travail sera conjugué ainsi : nous sommes tous responsables du travail à effectuer, l’équipe analyse le procédé, l’équipe améliore le procédé, l’équipe diminue la variation2.
Aujourd’hui, le petit Jean Lévesque cherche les moyens de se préparer à faire face à ces changements importants qui ne vont pas dans le sens d’une des valeurs dominantes de notre société, l’individualisme. S’il fait partie du monde de l’enseignement, Jean Lévesque entend parler de la réforme proposée par le ministère de l’Éducation au primaire et au secondaire, qui va essentiellement dans le sens d’une plus grande responsabilité de l’élève dans son propre apprentissage et dans celui de ses collègues.
Dans ce contexte, l’approche socio-constructiviste s’avère un moyen intéressant d’impliquer l’élève dans ce processus de responsabilisation et de socialisation professionnelle. En effet, les activités de résolution de problèmes réalisées en groupe, notamment les activités d’approche par projets dont nous traiterons dans cet article, contribuent au développement chez l’élève d’un certain nombre d’habiletés professionnelles recherchées. L’enseignement ou l’apprentissage par projets, selon le point de vue de la professeure, du professeur ou de l’élève, vise essentiellement à placer ce dernier dans une activité d’apprentissage qui se rapproche le plus possible des situations concrètes que celui-ci pourra vivre dans sa vie professionnelle et à lui permettre de s’investir dans le projet en collaboration avec des pairs. Tout est alors mis en branle pour recréer le vécu en société. L’élève se retrouve en groupe où s’installe une hiérarchie, où il doit prendre sa place et où il apprend à partager ses connaissances et ses habiletés afin de collaborer à la réalisation du projet.
Ce modèle pédagogique nous est paru intéressant, à moi et à deux collègues de travail, Denis Girard et Gilles Poulin, pour donner un nouveau souffle aux cours de français, Littérature et imaginaire et Langue et communication, que nous donnons. C’est dans cet esprit que nous avons décidé de travailler en collaboration, de nous inscrire dans le courant socio-constructiviste et de structurer nos cours autour de projets. Plus précisément, nous avons été attirés par la dimension « résolution de problèmes » de l’approche par projets ainsi que par sa dimension « travail en équipe » qui apportent sens et dynamisme aux cours.
Nous avons été attirés par la dimension « résolution de problèmes » de l’approche par projets ainsi que par sa dimension « travail en équipe » qui apportent sens et dynamisme aux cours.
1 Cette conjugaison est tirée du kaïsen, un mot japonais dont la signification relèverait de l’union des mots « kaï » ou étudier et « zen » ou améliorer.
2 Idem.