La place de l'enseignant dans la réforme : expression d'un malaise

  • : Function split() is deprecated in /var/www/aqpc.qc.ca/www/htdocs/sites/all/modules/i18n/i18nstrings/i18nstrings.module on line 537.
  • : Function split() is deprecated in /var/www/aqpc.qc.ca/www/htdocs/sites/all/modules/i18n/i18nstrings/i18nstrings.module on line 537.
  • : Function split() is deprecated in /var/www/aqpc.qc.ca/www/htdocs/sites/all/modules/i18n/i18nstrings/i18nstrings.module on line 537.
  • : Function split() is deprecated in /var/www/aqpc.qc.ca/www/htdocs/sites/all/modules/i18n/i18nstrings/i18nstrings.module on line 537.
  • : Function split() is deprecated in /var/www/aqpc.qc.ca/www/htdocs/sites/all/modules/i18n/i18nstrings/i18nstrings.module on line 537.

Auteur : Marcel Faulkner, Professeur de sociologie, Cégep Saint-Jean-sur-Richelieu

Un malaise
 

Nous vivons dans une ère de soumission, librement consentie, mais dont certaines sphères de l’activité humaine constituent des zones de protection de l’identité personnelle. Pour certains groupes, dont nous sommes, la vie professionnelle représente une telle zone de liberté tolérée où l’esprit d’initiative, le contrôle sur la tâche, l’autoévaluation du travail, le partage avec les pairs, une supervision souple reposant sur la reconnaissance de l’expertise mutuelle et le statut social reconnu garantissent un certain contrôle sur le travail et sur la satisfaction de participer à une mission sociale valorisée.

Mais, depuis quelque temps, une impression se dégage de plus en plus nettement à l’effet que ce qui rendait notre travail intéressant et satisfaisant s’amenuise au profit de nouvelles préoccupations à caractère principalement administratif qui grugent nos énergies, nous incitent à des démarches extrêmement laborieuses, alourdissent notre tâche, assombrissent l’avenir de notre profession, sans garantie d’un meilleur rendement. Plusieurs personnes ont la vision d’un rouleau compresseur qui s’avance sur elles, d’autres manifestent une certaine fatalité devant les changements qui s’imposent, enfin les dernières affichent une résistance passive s’accompagnant quelquefois de soupirs de résignation ou d’un haussement de ton impuissant. Bref, plusieurs d’entre nous ne reconnaissent plus le dynamisme qui régnait il y a quelques années dans notre collège.

Pourtant, plusieurs collaborateurs s’agitent et semblent très occupés. Beaucoup de textes circulent, plus que nous ne pouvons en lire, comme si la « machine » s’était affolée. La vérité semble être dans le mouvement. Mais la prudence, la rigueur, l’efficacité et l’efficience y trouvent-elles leur compte ? Faisons-nous les bons choix ou obéissons-nous à des envolées administratives commandées d’en haut ?

Où se situe notre place dans cet engrenage qui semble encercler notre institution, vient chambouler le cadre de notre travail, veut nous faire parler de compétences plutôt que d’objectifs, instaure des politiques d’évaluation tous azimuts, affiche des slogans d’imputabilité en même temps que de décentralisation, affirme l’autonomie des établissements en même temps qu’il impose une commission d’évaluation de l’enseignement collégial ?

L’objectif de ce texte n’est pas de dégager une logique manifeste ou implicite à tout cela. Son but est plus modeste. D’abord, exprimer un malaise latent mais qui se manifeste de plus en plus souvent à l’occasion d’une conversation, d’une rencontre départementale, ou autrement. Ensuite, soulever des questions parce que les réponses manquent. Des questions sur ce qui se met en place actuellement, mais par-dessus tout, sur notre rôle de professionnel de l’enseignement et des objectifs que ce rôle nous amène à poursuivre. Enfin, ce texte ne vise personne en particulier, ni aucune des instances et composantes du collège, convaincu que je suis que chaque personne qui y œuvre tente du mieux qu’elle peut de « livrer la marchandise ».

L'évaluation institutionnelle
 

À la suite de la création de la Commission d’évaluation de l’enseignement collégial, les collèges, et notre établissement ne fait pas exception, se sont lancés dans la production d’une série de politiques d’évaluation portant tantôt sur les élèves, tantôt sur les programmes, tantôt sur les employés. D’abord justifiés au nom de l’imputabilité des établissements et du droit de regard de l’autorité publique sur la gestion de ses programmes et de l’utilisation des fonds publics, ces éléments d’une politique d’évaluation institutionnelle devenaient l’outil de mesure ou de contrôle de la Commission d’évaluation de l’enseignement collégial. Plusieurs craignaient une possible comparaison des établissements mais, finalement, il est apparu que ces évaluations devaient plutôt servir à une décentralisation des responsabilités du ministère de l’Éducation vers les collèges qui pourraient émettre éventuellement leurs propres diplômes. Pour les collèges moins méritants, le Ministère les émettrait lui-même. Les diplômes du ministère auront-ils, dans un tel scénario, une valeur moindre ? Et qu’en serait-il de l’équivalence des diplômes entre les collèges ? Veut-on substituer à un réseau national, des établissements à vocation différenciée et de qualité inégale ? Bref, on semble assister à une décentralisation des responsabilités et à une centralisation du pouvoir de sanctionner... les collèges.