Auteure : Sophie Dorais, Conseillère pédagogique, Service de la recherche et du développement, Cégep@distance
Depuis plusieurs années déjà que tout le système éducatif est mobilisé par la nécessité d’augmenter la réussite scolaire, un nouvel appel du gouvernement a été lancé l’automne dernier par la voie de modifications à toutes les lois de l’éducation, dont la Loi sur l’instruction publique et la Loi des collèges d’enseignement général et professionnel. De fait, ces modifications visaient à inscrire dans ces lois l’obligation pour les établissements de se doter de plans de réussite et de rendre compte des résultats obtenus.
S’agissant de réussite scolaire, le collégial est plus souvent qu’à son tour montré du doigt pour ses taux de diplomation jugés trop faibles. Or, on réalise de plus en plus que la faible diplomation n’est pas forcément liée à l’échec, stricto sensu, mais bien davantage à la non-persistance aux études, ce qu’illustrent assez clairement les écarts très importants entre les taux de réussite dans les cours – lesquels oscillent globalement autour de 85 % – et les taux d’obtention du DEC. De plus en plus sensibles au problème de la persévérance scolaire, des collèges ont d’ailleurs récemment entrepris de relancer d’anciens étudiants et d’anciennes étudiantes qui ont abandonné leurs études peu de temps avant l’obtention de leur diplôme afin de les inciter à terminer leurs études collégiales.
La préoccupation pour la persistance aux études est particulièrement aiguisée dans les établissements et les services de formation à distance, où l’abandon n’entrave pas que la réussite à l’échelle du programme mais aussi bien la réussite dans les cours. En effet, l’abandon est à l’origine de la très grande majorité des échecs en formation à distance. C’est à cette question particulière que nous nous attarderons dans cet article.
Mais, si l’on considère l’essor que connaît actuellement ce mode de formation, en particulier la formation en ligne, par laquelle sont tentés un nombre croissant d’établissements traditionnels, la question de la persistance aux études en formation à distance devrait intéresser toutes les actrices et tous les acteurs des systèmes éducatifs. D’autant plus au collégial, puisque plus de la moitié de la population étudiante du Cégep@distance – qui comptait près de 17 000 inscriptions en 2001-2002 – est en fait constituée d’étudiantes et d’étudiants « en commandite » , c’est-à-dire poursuivant des études à temps complet dans l’un ou l’autre des cégeps et collèges du Québec.
Les établissements de formation à distance gardent aussi jalousement que les établissements traditionnels les données touchant le cheminement et le rendement scolaires de leur population étudiante. On peut tout de même glaner quelques chiffres ici et là...
À l’ordre universitaire, lequel occupe la plus large part de la formation à distance à travers le monde, on s’intéresse depuis longtemps à la persistance aux études mais en fonction de l’achèvement du programme d’inscription plutôt que de l’achèvement des cours. Les observations ne sont guère réjouissantes, par exemple à la Thailand’s Sukhothai Thammathirat Open University, sur une période d’observation de cinq ans, le taux d’achèvement des études atteint 17 %, alors qu’à la Indira Gandhi National Open University, il atteint 22 %. Même à la très célèbre British Open University, on observe un taux d’achèvement des études de 45 % sur huit ans et de 48 % sur dix ans.
Plus près de nous, dans une étude commandée par le ministère de l’Éducation, le groupe Idéaction a fait une analyse comparée entre le Centre collégial de formation à distance – qu’il s’agissait en fait d’évaluer – et d’autres systèmes semblables : les services de cours par correspondance des collèges communautaires du Nouveau-Brunswick ; le Open Learning Agency et le Open College de la Colombie-Britannique ; la Société de formation à distance (SOFAD) et le Centre régional de formation à distance du Grand Montréal; la Télé-Université. [...]