À la défense du réseau collégial

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Auteur : Guy Rocher, Professeur de sociologie et de droit, Université de Montréal

Vous trouverez dans les pages qui suivent l’essentiel des propos de Monsieur Guy Rocher, tenus lors de la conférence d’ouverture des journées de réflexion et de mobilisation sur l’avenir des cégeps, organisées par la FNEEQ, en février 2004. Cette conférence constitue un témoignage historique de premier ordre sur l’origine, la place et l’importance des cégeps pour le Québec moderne.

La mémoire collective au service de la réflexion pédagogique

Au fil des ans, j’ai eu de multiples occasions d’alimenter ma réflexion sur l’avenir des cégeps. Que ce soit sous les angles syndical, politique ou pédagogique, toutes les interventions, sous forme de discours et d’engagement ou d’actions à poser, fournissent le terreau nourricier de cette réflexion.

Comme nous vivons une période particulièrement difficile et exigeante, drainant d’intenses activités de réflexion et d’action, qui n’est pas sans rappeler le bouillonnement du milieu de l’éducation des années 70, il serait pertinent de revenir sur le passé et de reprendre la mémoire des événements et des choses. Si notre mémoire personnelle est courte... notre mémoire collective l’est encore plus. Ainsi, qui peut dire aujourd’hui quelle était la différence entre le secondaire et l’enseignement primaire supérieur ? Et pourtant, la coexistence du secondaire et du primaire supérieur était réelle, il y a 50 ans. Pour comprendre d’où nous venons, il est important de remonter aux sources.

Portrait pédagogique de l'époque

Avant 1960, le secondaire correspondait à l’enseignement réservé au cours classique qui ne se donnait que dans les collèges classiques reconnus. On pourrait dire que le secondaire était une « appellation contrôlée », dans le même esprit qu’en œnophilie. Il a donc fallu donner un nom à l’enseignement qui allait, à la fin du XIXe siècle, devenir l’enseignement audelà du primaire, sans être le secondaire. On l’avait alors appelé le primaire supérieur.

Cet ordre d’enseignement correspondait en fait à notre secondaire d’aujourd’hui. Il y avait une nette distinction d’avec le secondaire de l’époque, chasse gardée des évêques, l’autorité en matière de collèges classiques. Parallèlement, ces évêques faisaient également partie du Comité catholique du Conseil de l’instruction publique et, à ce titre, avaient la main haute sur tout l’enseignement public, soit sur le primaire et le primaire supérieur, tout en gardant le contrôle du secondaire. Ils pouvaient donc s’assurer que l’appellation contrôlée du secondaire soit respectée. Celui-ci s’étalait sur huit ans, on n’y faisait pas de réelle distinction entre les années correspondant à notre secondaire et à notre collégial, même si après la versification, une distinction abstraite, voire artificielle, s’établissait en douceur. Il y avait si peu de distinction que nos collèges classiques s’appelaient des collèges, d’où une certaine confusion, notamment avec les anglophones.

Il va sans dire que l’expression « primaire supérieur » n’était pas trop appréciée des gens de l’instruction publique, et de nombreuses astuces se sont multipliées pour redorer le blason de cet ordre d’enseignement, soit par l’utilisation de l’appellation de cours lettres-sciences dans les couvents de religieuses ou par l’omission systématique des termes « primaire supérieur » dans la raison sociale des établissements. On s’appelait alors le Couvent d’Outremont ou Le Plateau, ou bien le Collège Notre-Dame, l’École supérieure Saint-Viateur ou encore l’École supérieure Saint-Stanislas, etc. C’était établi qu’on ne pouvait pas employer le terme secondaire. Ainsi, tout ce qui était secondaire faisait référence à l’élite de notre système d’enseignement. Il y avait même une revue qui s’appelait La revue de l’enseignement secondaire réservée aux professeurs des collèges classiques.