Auteur : Christian Morin, Conseiller pédagogique, Cégep de Saint-Foy
Dans le numéro précédent de Pédagogie collégiale, je rendais compte de l’ouvrage d’Edgar Morin, Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur publié en 20001, rédigé à la demande de l’UNESCO dans le cadre d’une large réflexion sur l’éducation pour un avenir viable. Ces sept savoirs sont : les cécités de la connaissance, les principes d’une connaissance pertinente, la condition humaine, l’identité terrienne, affronter les incertitudes, la compréhension et l’éthique du genre humain2. Bien que ces savoirs arborent un niveau certain de généralité et de complexité et bien que ceux-ci n’aient pas été présentés par l’auteur comme un programme d’études, il m’apparaît intéressant de réfléchir à la façon dont ces savoirs pourraient s’intégrer aux programmes de formation au collégial, notamment par le biais de la poursuite des buts généraux.
Si ces buts diffèrent d’un programme à l’autre, on peut tout de même en dégager des constantes concernant, par exemple, les habiletés de communication et de travail en équipe, les habiletés intellectuelles liées à l’analyse, la synthèse et la critique. Ces constantes se situent dans la même ligne de pensée que les sept savoirs présentés par Edgar Morin. Seraitil alors approprié d’assurer une prise en charge davantage planifiée et structurée des buts généraux des programmes, un peu à la manière des domaines généraux de formation qui commencent à s’implanter au secondaire en s’arrimant aux programmes disciplinaires3 ? Je sais bien que les programmes d’études sont chargés. Aussi, mes propositions ne vont pas tant dans le sens de suggérer des ajouts d’habiletés à développer et de contenus mais de lancer une invitation à intervenir un peu différemment dans la classe.
Je présente dans les paragraphes suivants deux dimensions essentielles qu’il importe de prendre en considération dans la formation. Ainsi, afin de tenir compte de la complexité du monde et des problèmes qu’il pose, il convient d’amener les étudiantes et les étudiants à établir des liens entre les différentes disciplines et, de ce fait, à demeurer critiques et à travailler en équipe. Certains vont même jusqu’à dire que, si l’école ne développe pas ces grands savoirs, elle ne pourra plus répondre aux besoins de la société. Enfin, l’inscription des savoirs dans un ensemble vaste et complexe contribue à leur donner plus de sens et favorise ainsi leur apprentissage.
La pensée critique, celle-ci fondée sur l’analyse, devrait s’exercer sur toute connaissance. Ainsi, on peut amener les étudiantes et les étudiants à s’interroger sur le contexte d’émergence (d’où ça vient ?) ou d’application (à quoi ça sert ?) des connaissances au sens le plus large, ce questionnement leur permettant d’en saisir la pertinence et de mieux les comprendre. Chaque enseignante ou enseignant pourra trouver des applications dans son champ de savoir. À titre d’exemples, voici quelques questions pouvant favoriser le développement de la pensée critique qui peut s’exprimer par la mise en évidence des liens qui s’établissent entre eux. Établit-on toujours que les mathématiques permettent de vérifier en tout ou en partie des hypothèses de recherche dans d’autres disciplines ? La communication et la réflexion étant nécessaires à la démocratie4, comment se sont développés les premiers systèmes démocratiques et quels buts visaientils ? Quel rôle y jouaient et y jouent encore l’argumentation et la communication ? Quelles étaient les limites de ces systèmes démocratiques ?
Peut-on en classe se poser ce type de questions ? Sans doute pas toujours. Cependant, si étudiants et professeurs s’y arrêtaient régulièrement - et non seulement lorsque le prévoit un élément de compétence, compte tenu que ces questions contribuent au processus « d’apprendre à apprendre » - les apprentissages sur lesquels il faut habituellement concentrer des efforts pourraient être moins laborieux et davantage renforcés, parce que davantage porteurs de sens.
----------
1 MORIN, Edgar, Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur, Paris, Seuil, 2000, 129 p.
2 Pour plus de précisions, on peut lire l’article « Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur » paru dans Pédagogie collégiale, vol. 17, no 3, 2004, p. 35-36.
3 Dans son numéro de novembre-décembre 2003, Vie pédagogique présentait un dossier sur les domaines généraux de formation, lesquels intègrent des enjeux déterminants pour la société actuelle et future.
4 On peut introduire la démocratie par les droits de la personne auxquels les étudiantes et les étudiants sont généralement familiers.