Encore les cégeps ?

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Auteur : Jean Trudelle, Professeur de physique, Collège Ahuntsic

Cet article présente certains des propos tenus par Monsieur Jean Trudelle, lors des journées de réflexion et de mobilisation sur l’avenir des cégeps, organisées par la FNEEQ, en février 2004.

L’an dernier, circulait aux États-Unis une caricature présentant un type particulier de liste d’épicerie, une check-list de la préparation en vue de la guerre en Irak. À côté de chaque item, il y avait des petits carrés cochés : les bombes sont prêtes, ... check ; les troupes sont sur un pied d’alerte, ... check ; les porte-avions sont en place, ... check. En fait, tous les carrés étaient cochés... sauf le dernier du bas, à côté duquel on pouvait lire : « A good reason ». Ce carré était vide !

Il serait facile de faire un parallèle avec cette caricature lorsqu’on apprend que les cégeps vont encore être l’objet d’un réexamen. Tout est prêt : un document d’orientation large à partir duquel on pourra travailler, celui de la Fédération des cégeps, ... check ; un avis sérieux sur la formation technique, mis en ligne par le Conseil supérieur de l’éducation au mois de mars, ... check ; une menace d’abolition pure et simple des cégeps par la Fédération des commissions scolaires, histoire de faire un peu peur et de mieux faire passer quelques changements majeurs, ... check ; plusieurs dizaines de professeures et professeurs de philo qui vont prendre leur retraite, ... check !

Mais les raisons suffisantes de « revoir » encore la question des cégeps, où sontelles ? On se fonde sur quoi, au juste, pour vouloir (une fois de plus) mettre tout sur la table ?

La qualité de la formation, peut-être ? Certainement pas au secteur technique ! Quand il y a eu le forum sur la formation technique, il y a deux ans, l’un des constats majeurs qui ont été faits - et que personne n’a jamais remis en question - concerne la qualité de la formation dispensée dans ce secteur. Partout, on vante ses mérites, c’est un concert d’éloges... et on prétend même avoir amélioré les choses par une récente et vaste opération de révision des programmes (selon une formule, soit dit en passant, que le Québec vend d’ailleurs à l’étranger).

Serait-ce au préuniversitaire qu’il y a un problème ? Ici, on peut convenir que le concert d’éloges est un peu moins unanime. Mais pas quand on regarde de plus près. Les universités qui reçoivent nos étudiantes et nos étudiants sont en général, à ce que je sache, très satisfaites de la préparation de ces derniers, et ce, même à l’étranger ! En sciences, les comparaisons de qualité de formation sont à notre avantage. Par ailleurs, quand on compare le cheminement du préuniversitaire avec ce qui se fait ailleurs, on est forcé de convenir de sa pertinence. Pour avoir eu la chance de mener cette comparaison en détail1, je dirais que dans aucun pays, à ma connaissance, on a réussi aussi bien qu’ici à structurer en étapes cohérentes un parcours de formation qui respecte autant les phases naturelles d’orientation pour un jeune.

On ne le dira jamais assez, avoir la possibilité, au sortir du secondaire après 11 ans d’études, de se frotter d’emblée à un grand champ de connaissances, d’acquérir dans ce domaine une formation qu’on pourrait qualifier de fondamentale, d’y vérifier ses aptitudes et ses goûts, et ce, avant de faire son choix de spécialité universitaire, c’est quelque chose ! Combien d’étudiantes et d’étudiants américains se cassent la gueule et doivent se payer des changements de parcours très coûteux parce que, dès la fin de leurs études secondaires, ils doivent déjà choisir une spécialité ?

Non, il est très difficile de croire que la qualité ou que l’organisation de la formation collégiale puissent être mises en cause. Par ailleurs, au préuniversitaire comme en formation technique, cela fait des années qu’on présente l’imputabilité comme une nécessité moderne, l’éducation étant financée par les deniers publics. La Commission d’évaluation de l’enseignement collégial a été créée, dans cette optique, il y a déjà dix ans qu’elle est en place, dix ans qu’elle publie des rapports en général très positifs... et là, subitement, il faudrait que tout soit remis sur la table ?

1 La formation scientifique hors Québec, Collège Ahuntsic, 1991.