Auteur : Denis Blondin, Formateur et consultant en éducation
Certes, je n’ai rien appris que je ne sois parti, ni enseigné autrui sans l’inviter à quitter son nid...
Qui ne bouge n’apprend rien.Michel Serres, Le Tiers-Instruit.
Au Québec, le milieu de l’enseignement collégial est animé d’une dynamique fort intéressante. Les compétences comme principe organisateur des programmes font évoluer les conceptions et les pratiques pédagogiques dans une direction favorable à la qualité de la formation des apprenantes et des apprenants. Former la compétence de l’élève, voilà bien le but de l’enseignement.
Nous sortons d’une période où le cours magistral aura régné en maître, si l’on peut dire ! Il aura permis un exercice très raisonnable de la profession ainsi qu’une gestion des apprentissages à la fois économique et pratique. Il y a quelques années encore, enseigner, sauf exception, équivalait presque automatiquement à adopter le modèle magistral et, du coup, à concevoir l’apprentissage d’une certaine manière. Progressivement, avec le développement des sciences cognitives allié à la redécouverte d’auteures et d’auteurs importants comme Piaget et Vygotski, une nouvelle conception est apparue, celle-ci s’imposant de plus en plus de nos jours. L’enseignement en sortira transformé, avec une efficacité accrue mais aussi avec de nouveaux problèmes à résoudre. Ainsi va la vie !
Cet article propose quelques réflexions pouvant aider à fonder nos pratiques d’enseignement sur une conception explicite et plus riche de l’apprentissage, qui reste fondamentalement un phénomène complexe qu’il importe de bien comprendre pour mieux enseigner.
Qu’est-ce qu’apprendre ? Toute professeure ou tout professeur a une certaine conception du processus d’apprentissage, du moins implicitement. Celle-ci transparaît dans sa propre façon d’enseigner. Si le professeur occupe jusqu’à 80 % du temps de parole en classe, s’il monopolise les opérations intellectuelles, s’il s’en tient surtout à l’exposé, au modèle magistral, c’est qu’il conçoit tout simplement la connaissance comme un objet et l’apprentissage comme le résultat d’une transmission d’information dans le cerveau de l’élève, considéré comme un contenant, une sorte de vase à remplir ou, encore, comme une page blanche sur laquelle la connaissance s’inscrit.
Dans ce contexte, le contrat de l’élève, comme dit Perrenoud, est « d’écouter, de tenter de comprendre, de faire consciencieusement ses exercices et de restituer ses acquis dans le cadre de tests de connaissance papier-crayon, le plus souvent individuels et notés1 ». Le contrat de la professeure et du professeur, pour leur part, est d’énoncer les connaissances, c’est-à-dire de mettre en contact l’élève et le savoir, avec l’ambition de « couvrir » toute la matière du cours. Il s’agit alors de sélectionner avec soin son contenu, de bien le structurer et de le présenter avec clarté et précision, dans une séquence qui suit logiquement le « texte du savoir », comme dans un livre. Cette méthode est tout à fait efficace dans la mesure où le but est de transmettre beaucoup d’information au plus grand nombre possible d’auditrices et d’auditeurs dans un minimum de temps. Mais suffit- il d’être informé pour apprendre ?
L’information est, certes, une dimension fondamentale de l’acte d’apprendre. Mais qui peut garantir que la connaissance ainsi transmise a réellement été assimilée dans la structure cognitive de l’élève et qu’elle pourra être transférée dans de nouveaux apprentissages ou de nouvelles situations ? Les professeures et les professeurs sont souvent les premiers à se plaindre que les élèves n’ont rien appris dans les cours précédents ou qu’ils semblent avoir tout oublié de la théorie quand arrive le moment de la mise en pratique.
Le cerveau peut enregistrer une information, un élément de connaissance qu’il ne possédait pas ou ne pouvait pas trouver en lui-même, nous parlons alors de l’étape la plus passive de l’acte d’apprendre, celle où notre cerveau se borne à emmagasiner l’information d’une source extérieure.